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Saint-Etienne-du-Rouvray: "On n'aurait jamais pensé qu'une telle chose arriverait en pleine campagne"

REPORTAGE -Un prêtre a été tué mardi lors d'une prise d'otages dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen, un attentat revendiqué par l'organisation Etat islamique (EI). Dans la commune, l'émotion était très vive ce mercredi. Avec le père Jacques Hamel, les habitants ont en effet perdu bien plus qu'un curé.

L'assassinat d'un prêtre dans une attaque terroriste est une première en France. Jacques Hamel, prêtre auxiliaire de la paroisse, 86 ans, a été mortellement touché ce mardi lors d'une prise d'otages dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen. Un attentat revendiqué par l'organisation Etat islamique (EI) et perpétré par deux jihadistes dont l'un, mis en examen pour avoir tenté de rejoindre la Syrie, était sous bracelet électronique.

Suite à cet attentat, sur place, l'émotion est vive. Ce mardi soir, par dizaines, les habitants se sont rendus à la mairie pour rendre un dernier hommage à celui qui était bien plus que le curé de la commune. Clarence se souvient par exemple d'un homme qui l'a accompagnée dans les moments les plus importants de sa vie ces dix dernières années. Le baptême de ses deux enfants, l'enterrement de sa mère, autant d'événements célébrés par le père Jacques.

"Il était admirable de gentillesse"

"C'est mon prêtre, mon prêtre. Il connait toute ma vie, assure-t-elle. Quand j'avais un souci, j'allais le voir. On se confessait, on discutait… Il était très ouvert. Il n'avait pas de préjugé. Il nous donnait sa bénédiction quel que soit le problème que l'on avait". Clarence est donc choquée par sa mort: "Ce n'est pas possible… A qui vais-je parler maintenant? A qui vais-je me confier?"

Alors que le père Jacques Hamel officiait depuis dix ans à Saint-Etienne-du-Rouvray, Thierry et sa femme Nathalie évoquent un homme toujours là pour aider son prochain: "Dès qu'il avait un petit moment de libre, il servait (la messe, ndlr). Il était admirable de gentillesse. Il aimait ses paroissiens et aidait tout le monde". Aujourd'hui le couple, très pratiquant, se sent vulnérable. "On ne pensait vraiment pas que ça allait nous toucher à ce point", confie Nathalie.

"Demain ça sera quoi?"

Et son mari de répliquer, avec émotion: "On n'aurait jamais pensé qu'une telle chose arriverait en pleine campagne, dans un petit lieu de vie comme celui-ci. En tant que chrétien, on se dit qu'on est protégé dans une église. Mais ce n'est pas le cas… On ne s'y attendait vraiment pas…" "Demain ça sera quoi?, s'interroge sa femme. Maintenant, on se pose la question. Où ça va se passer maintenant? Ils vont attaquer où?"

Des catholiques touchés dans leur église, le vicaire général de Rouen, Philippe Maheut, ne l'aurait, lui aussi, jamais imaginé: "Je ne sais pas si l'on pensait que quelque chose comme ça était possible. On ne vivait pas du tout dans la peur même si on était parfois impressionné, devant certaines grandes églises, de trouver des militaires à la sortie de la messe. On trouvait que c'était bien mais ils n'auraient pas été là, on n'aurait pas été plus affolé que cela. Un vrai sentiment d'incompréhension domine donc. Un abîme s'ouvre devant moi avec des tas de questions".

Maxime Ricard avec Romain Poisot