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Gardien d'immeuble, il peut verbaliser les locataires: "La peur de l'amende fait baisser les incivilités"

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Dès janvier, une centaine de gardiens d'immeubles de logements sociaux à Paris pourront verbaliser les auteurs d'incivilités. Cela fait un an que Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), a adopté cette mesure, qui a permis de faire baisser les nuisances, selon Eric Neyrat, un des premiers gardien d'immeuble assermenté, joint par RMC.fr.

Eric Neyrat est gardien d'immeubles à Boulogne-sur-Mer. Il s'occupe de 190 logements de la ville, gérés par l'organisme social Habitat Littoral. Il est assermenté depuis octobre 2016. De six, ils vont passer à une quinzaine de gardiens assermentés dans les prochaines semaines.

"On est six agents à avoir été assermentés. L'organisme qui gère les logements cherchait des volontaires et je me suis tout de suite porté candidat. Gardien d'immeubles, c'est un métier compliqué, et cela pouvait donner plus de poids à notre travail. Avant l'assermentation, on avait des incivilités récurrentes: des sacs poubelles sur les paliers, des déjections canines, des encombrants abandonnés… Idem concernant les nuisances sonores. Il y a toujours des récalcitrants. La police, débordée, n'intervenait plus. On ne s'en sortait pas. Et à chaque fois qu'on allait trouver les fautifs, ils nous envoyaient balader. Quand on les menaçait d'un rapport à l'organisme HLM avec une possible convocation, ils n'en avaient rien à faire. Le fait d'être assermenté, ça a amené du confort à notre métier.

"35 euros pour des poubelles devant la porte"

Une fois assermenté, à l'issue d'une formation, je suis allé informer les locataires, en présentant également les tarifs d'amendes aux locataires: de 35 à 150 euros selon les incivilités. Dorénavant, quand je vois une incivilité, je vais voir le locataire fautif. D'abord, je discute avec lui. Je prône avant tout le dialogue. Je viens le voir une première fois, puis une seconde, et puis si ça ne change pas je le sanctionne. Je lui donne un papier officiel l'informant de sa verbalisation de 35 euros par exemple, et je transmets un double de ce document à l'organisme HLM, qui applique la majoration de 35 euros sur le loyer. Mais le système va bientôt évoluer, et nous serons bientôt amené à avoir un carnet à souche. Dans tous les cas, un rapport est envoyé au parquet.

35 euros, c'est l'incivilité de base et récurrente. Ça peut être pour les sacs poubelles devant sa porte ou dans la cage d'escalier. On vit en collectivité, avec comme principe de base de se respecter les uns les autres. Des sacs poubelles devant sa porte, ça sent dans la cage d'escalier, les enfants peuvent tomber en chutant à cause de ça…

"Au final, on ne met que peu de verbalisations"

Au début, il n'y a pas tout de suite eu du mieux en matière d'incivilités. On nous a d'abord pris pour des charlots. Mais au fur et à mesure, c'est rentré dans les têtes. Au final, on met peu de verbalisations. Sur 2016, il y a eu 58 courriers envoyés. Mais la peur de l'amende a permis ensuite de faire diminuer les incivilités.

Il faut toujours favoriser le dialogue. Si vous allez chez le locataire et que vous lui dresser tout de suite une amende sans discuter, vous allez mettre le feu à la cage d'escalier. Si au contraire vous avez d'abord prévenu et tenté de dialoguer, ça passe. Je prends toujours un autre locataire à témoin ou la voisine d'en face… Mais parfois, même en dialoguant ça n'avance pas. La dernière amende que j'ai mise, c'est 68 euros pour un scooter entreposé au niveau de la cave avec des fuites d'essence. Ça peut être très dangereux.

"Pas que des 'laveurs de poubelles'"

Ce qui change aussi, c'est que maintenant, on sait que si on nous insulte, on prend une amende (jusqu'à 7.500 euros d'amende pour insulte à agent assermenté). C'est indéniablement une reconnaissance de notre métier. Nous, gardien d'immeuble, on nous prend toujours comme des 'laveurs de poubelles'. Mais c'est un véritable métier, surtout dans le logement social. On a un rôle essentiel pour le lien social. On fait tampon: quand la cocotte-minute commence à bouillir, on soulève un peu le couvercle pour laisser échapper la vapeur, et après on remet le couvercle. On ne fait que ça."

Propos recueillis par Philippe Gril