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"Je fais 2 euros de bénéfice par paquet": les trafiquants de cigarettes dans le viseur de l'Etat

Le gouvernement présente ce lundi un nouveau plan de lutte contre le trafic de cigarettes de contrebande. Ces cigarettes vendues à la sauvette, coûtent deux fois moins cher que celles vendues dans des bureaux de tabac. Conséquence, le trafic est en augmentation.

Gabriel Attal veut lutter contre le trafic de cigarettes. Le ministre des Comptes publics doit présenter ce lundi un plan de lutte contre l'augmentation du trafic de tabac en France. Un trafic qui prospère notamment dans le 18e arrondissement de Paris au métro Barbès.

Arrivé en France d'Afghanistan en 2017, Hamid vend depuis 5 mois des cigarettes à la sortie de cet arrêt de métro fréquenté de la capitale, "pour travailler et gagner ma vie", assure-t-il à RMC. Le jeune homme en situation irrégulière assure avoir essayé de trouver une activité légale: "Je suis allé au moins dix fois à Pôle emploi ou en intérim, mais je n'ai eu aucune réponse".

Avec son trafic, Hamid gagne environ 40 euros par jour: "J'achète à 3 euros et je revends à 5 euros, je fais un bénéfice de 2 euros par paquet. Parfois la police prend tout et elle ne laisse rien. Je me fais contrôler tous les jours", ajoute-t-il.

Mais Hamid continue son activité illégale. Et les clients sont de plus en plus nombreux: "Ils font leur marché et tout le monde trouve son compte", assure Juan qui fait partie de ces clients. "On n'a pas le choix et ces cigarettes sont à 5 euros", raconte-t-il.

Trafic en hausse

Ce trafic dérange les commerçants. Joyce est vendeuse dans un café situé juste en face d'un des principaux points de deal de Paris: "On a des gens qui se mettent devant les portes pour proposer aux clients d'acheter leurs cigarettes. C'est très gênant pour nous". Elle voit donc d'un bon œil le plan du gouvernement pour freiner ce marché parallèle.

C'est aussi le cas de Mathieu Zagrodzki, spécialiste des questions de sécurité intérieure: "Renforcer les moyens d'enquête et de coordination entre les services, les moyens de détection, c'est une bonne chose", assure-t-il.

Attal: "Ca n'a plus rien à envier au trafic de drogue"

Car le gouvernement veut cesser l'augmentation de ce trafic d'ici 2025: "Le trafic de tabac n'a plus rien à envier au trafic de drogue en termes de méthode et de volumes", déplore ce lundi sur RMC et BFMTV le ministre des Comptes publics Gabriel Attal. Depuis le début de l'année, les douanes ont déjà saisi plus de 600 tonnes de tabac de contrebande, dont plus de deux tiers de cigarettes. C'est deux fois plus qu'en 2020.

"Cette année pour la première fois de notre histoire, on a démantelé trois usines clandestines de tabac sur notre territoire et qui produisait 2 millions de cigarettes de contrefaçon chaque jour. Il y a des conteneurs qui arrivent avec 10 tonnes de tabac de contrebande chaque jour, ça suffit", alerte Gabriel Attal.

Pénaliser la vente à la sauvette

Pour endiguer le trafic, il veut investir massivement dans les moyens de contrôle en triplant le nombre de scanners mobiles dans les centres de tris postaux et renforcer les sanctions "pour ceux qui sont à la tête de réseaux" en portant la peine de prison théorique de 1 à 10 ans.

Gabriel Attal veut aussi pénaliser la vente à la sauvette comme à Barbès. "On veut travailler davantage avec la gendarmerie et la police et faire des opérations coup de poing pour harceler ces vendeurs et mettre des peines d'interdiction du territoire français", ajoute-t-il.

Kévin Gasser (avec G.D.)