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Journée mondiale des premiers secours: "Face à un accident, le pire est de ne rien faire"

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A l'occasion de la Journée mondiale des premiers secours, RMC.fr a demandé à une sapeur-pompier si les Français sont préparés à réagir s'ils sont témoins d'un accident. Depuis le 13-Novembre, de plus en plus parmi nous se forment au secourisme. Mais la France accuse toujours un lourd retard sur ses voisins européens. Céline Guilbert, sapeur-pompier, explique que lorsqu'on assiste à un accident, "le pire est de ne rien faire".

Céline Guilbert est sapeur pompier professionnelle dans l'Aude, et vice-présidente de la Fédération nationale des sapeurs pompiers de France (FNSPF). 

"Les attentats de 2015 ont provoqué une vraie prise de conscience de l'importance de se former aux gestes qui sauvent. Il s'est passé que les personnes témoins des attentats se sont rendues compte qu'avec des gestes simples, comme le massage cardiaque, elles pouvaient porter secours à quelqu'un et maintenir une personne envie, le temps que les secours arrivent.

"On a peu de chances de sauver une victime si personne ne fait rien avant notre arrivée"

Et c'est le rôle du citoyen que d'être le premier maillon de la chaîne de secours. En moyenne, nous arrivons 13 minutes sur les lieux après un accident. Dans le cas d'un arrêt cardiaque, d'une hémorragie, ce sont les toutes premières secondes qui comptent… on a peu de chances de sauver la victime si personne ne fait rien avant notre arrivée.

Nous pompiers constatons une hausse dans les demandes de formation depuis 2015. Mais on partait de loin... L'objectif est que 80% de la population soit formée, ou au minimum initiée aux gestes qui sauvent. On n'en est toujours qu'à 27% de la population qui est formée au PCS1 (Prévention et secours civiques de niveau 1). Même si l'écart se réduit.

"En primaire, on apprend à traiter une brûlure"

La loi de modernisation de la sécurité civile de 2004 devait aboutir à ce que chaque citoyen devienne être acteur de sa propre sécurité, et les collégiens devaient être formés aux gestes qui sauvent. On progresse, mais le chemin est encore long. En 2016, seuls 180.00 élèves sur 800.000 ont reçu cette formation. Mais l'Education nationale essaie de l'améliorer.

Heureusement dès l'école primaire, en CM1, CM2 et 6e, le fait d'alerter, de secourir, fait partie intégrante des programmes. Ils sont sensibilisés au risque. Ils apprennent les premières actions basiques. Traiter une brûlure, faire refroidir une plaie… On leur apprend aussi la position latérale de sécurité (PLS) après un malaise, et les gestes comme le massage cardiaque.

Les enfants sont de vraies éponges. Ce qu'ils apprennent tôt, ils le retiennent tard. On a beaucoup de cas où des enfants ont été mis en situation, malheureusement dans la vie réelle. Ils ont appelé les secours comme il fallait, effectué les premiers gestes, et sauvé leurs parents.

"Tant qu'on aura pas formé plus de monde, on n'y arrivera pas"

Pour autant, tant qu'on n'aura pas formé beaucoup plus de monde à ces gestes, on n'y arrivera pas. Nous avons publié avec la FNSPF un rapport de préconisation, où l'on demande de développer la formation vers la jeunesse et faciliter l'accès par des sessions plus courte. Quand on initie ne serait-ce que pendant deux heures les personnes aux gestes qui sauvent, elles ont souvent envie d'aller plus loin.

50.000 personnes décèdent chaque année d'un arrêt cardiaque et 20.000 d'un accident de la vie courante. On comprend vite l'enjeu d'être initié. Ce sont des gestes très simples, face à des accidents fréquents : une personne qui avale de travers, qui boit un produit toxique, qui fait une chute, qui se coupe… Il y a des gestes essentiels et simples qui peuvent être faits. Le pire est de ne rien faire."

Propos recueillis par Paul Conge