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La famille Méchinaud, les disparues de l’A6… Ces "cold cases" rouverts par la justice

Dans "Apolline Matin" ce mercredi sur RMC et RMC Story, Nicolas Poincaré a fait le point sur les dossiers rouverts par le pôle national dédié aux "cold cases".

Le pôle national dédié aux "cold cases" a repris 37 vieux dossiers non élucidés. C’est ce qui a été annoncé ce mardi par le tribunal de Nanterre, six mois après la création de cette structure que les avocats spécialisés réclamaient depuis 20 ans et qui fonctionne enfin. Un peu sur le modèle du parquet national anti-terroriste ou du parquet national financier, il est compétent sur toute la France et pour toutes les anciennes affaires non élucidées.

Installé à Nanterre, il regroupe trois juges d’instruction, trois magistrats instructeurs, des greffiers et il travaille avec les services spécialisés de la brigade criminelle et de la gendarmerie. Le plus ancien dossier retenu, parmi les plus de 200 qui ont été soumis, c’est l’affaire de la disparition de la famille Méchinaud.

Le soir de Noël 1972, Jacques et Simone Méchinaud, avec leurs deux enfants, sont allés passer le réveillon chez des amis à Cognac, en Charente. Le dîner s’est passé normalement, la famille est remontée dans sa Simca 1000 pour rentrer à la maison, mais elle n’est jamais rentrée à la maison. On a retrouvé les cadeaux de Noël sous le sapin, mais on n’a jamais retrouvé la moindre trace des Méchinaud. Ni les corps, ni leur voiture, rien…

L'enquête a révélé que madame avait un amant et que monsieur le vivait très mal. Il avait confié à son frère qu’il était prêt à faire disparaître tout le monde. Est ce qu’il a tué sa famille et pris la fuite? Est-ce qu’il s’est suicidé? On n'a jamais su…

Mais 50 ans plus tard, la justice veut donc tenter de résoudre ce mystère et rouvre l'enquête. Si Jacques Méchinaud est encore vivant, il a aujourd’hui 76 ans…

L'affaire des disparues de l’A6 va également faire l’objet d’une nouvelle enquête. En 20 ans, entre 1984 et 2005, 11 jeunes femmes ont été tuées dans un rayon de 200 kilomètres entre Mâcon, Chalon-sur-Saône et Montceau-les-Mines.

Deux hommes ont été arrêtés et condamnés pour deux de ces meurtres, mais il en reste neuf non élucidé… Les enquêteurs vont tenter de déterminer si des tueurs en série déjà identifiés n’ont pas traîné dans les parages au moment des faits.

Le "grêlé" a-t-il commis d’autres crimes ?

Autre dossier que l’on ressort, celui de la disparition de Marion Wagon. La petite fille de 10 ans, disparue à la sortie de l’école à Agen en 1996. La France entière avait été touchée par cette histoire, notamment parce que la photo de l’enfant avait été imprimée sur des millions de briques de lait. 25 ans plus tard, le mystère reste entier. L'enquête a connu de nombreux couacs. On a par exemple appris récemment que les enquêteurs ne disposent plus de l’ADN de Marion alors c’est l'élément central dans ce type d'enquête.

Les parents de Marion Wagon ont confié au printemps dernier qu’ils plaçaient leurs derniers espoirs dans les juges de ce nouveau pôle des "cold cases".

Plusieurs autres affaires célèbres vont être rouvertes, y compris des dossiers concernant des suspects qui sont morts… Par exemple, l’affaire du "grêlé". Une série de viols et de meurtres commis à Paris il y a 35 ans. Plusieurs générations d’inspecteurs de la brigade criminelle s'étaient cassé les dents sur cette enquête qui les obsédait. Finalement, l’obstination d’une juge d’instruction a payé. Elle a ordonné de convoquer des dizaines et des dizaines d'anciens policiers et gendarmes, parce que l’on savait que le violeur avait présenté une carte de police.

Lorsqu’il a reçu sa convocation, un homme s'est suicidé, parce que c’était bien lui et qu’il savait qu’il allait être confondu par son ADN. Le dossier peut sembler clos mais les magistrats veulent le rouvrir pour voir si d’autres meurtres ou viols ne peuvent pas être attribués au "grêlé".

Pareil pour Michel Fourniret, l’ogre des Ardennes, qui a été condamné pour sept meurtres et qui est mort en prison il y a un an et demi.

Trois autres meurtres qui pourraient lui être attribués font partie des tout premiers dossiers rouverts. Et ce n’est pas un hasard, la juge qui a pris la tête de ce nouveau pôle à Nanterre s’appelle Sabine Khéris. C’est elle qui avait réussi à faire avouer à Michel Fourniret le meurtre de la petite Estelle Mouzin. C’est une remarquable et très discrète magistrate de 57 ans, qui va maintenant consacrer sa fin de carrière à ce combat : la lutte contre l’oubli.

Nicolas Poincaré