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Mineure violée par un récidiviste en liberté conditionnelle: "L'exploitation par certains partis extrémistes de ce drame est d’un cynisme absolu", tacle Eric Dupond-Moretti

Le Garde des Sceaux assure que le risque zéro n'existe pas mais défend les libérations conditionnelles, arguant qu'elles permettent 50% de récidive en moins par rapport à des libérations "sèche", au bout de la peine effective.

Après le viol dans l'Isère d'une jeune femme de 17 ans par un récidiviste en liberté conditionnelle, les parents de la victime ont décidé d'assigner l'Etat en justice pour faute lourde. Et ils l'assurent, le suspect, condamné à 4 ans de prison en 2018 pour des faits de violences et d'agressions sexuelles sur sa compagne, avait bénéficié d'une libération anticipée pendant le confinement, pour éviter la propagation du Covid-19.

"Je n’ai plus du tout confiance, on ne peut pas avoir confiance, ce n’est pas possible après ce qu’il s’est passé. On nous ment, la justice ne fait pas son travail et c’est nous qui en subissons les conséquences, du moins par notre fille", a assuré la mère de la victime mercredi sur RMC.

Invité des "Grandes Gueules", le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti a estimé que la victime et ses parents avaient le droit de dire ce qu'ils ressentaient "au plus profond d'eux-mêmes", mais a tenu à revenir sur certains détails de l'affaire. "On a dit que c’est à cause du protocole Covid que cet homme avait été remis en liberté. Ce n’est pas vrai. 6500 personnes ont été remises en liberté pour protéger la population carcérale et les agents pénitentiaires. Mais cet homme ne fait pas partie des 6500 libérés", a assuré le Garde des Sceaux.

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"Le risque zéro n’existe pas mais on ne peut pas remettre en cause tout le système"

Pour pouvoir être éligible à cette peine, il fallait ne fallait pas avoir été condamné pour des faits graves, avoir encore entre un et deux mois de peine à purger. Des détenus qui auraient été, "de toute façon", libérés à la fin du confinement. "C’est un juge de l’application des peines qui a décidé d’une libération conditionnelle, qui est intervenue sur la base d’un certains nombres de critères de réinsertion et d’expertises psychiatriques", a précisé Eric Dupond-Moretti, avant de défendre le principe de liberté conditionnelle qui permet à des détenus d'être libéré sous certaines conditions, avant la fin de leur peine.

"On ne peut pas affirmer que le risque zéro de récidive n’existe pas. Celui qui dit ça est un menteur et un incompétent. Maintenant la libération conditionnelle dans notre pays, c’est un suivi et un certain nombre d’obligations. La différence entre quelqu’un qui en bénéficie et quelqu’un qui n’en bénéficie pas, c’est 50% de récidive en plus pour le deuxième. Le risque zéro n’existe pas mais on ne peut pas remettre en cause tout le système", a-t-il assuré.

Et alors que l'avocat sociétaire des "Grandes Gueules" Gilles-William Goldnadel déplorait qu'Eric Dupond-Moretti qualifie de "populistes les gens se plaignant du laxisme judiciaire notamment dans cette affaire, le Garde des Sceaux a maintenu sa position s'adressant cette fois à des partis politiques entiers: "L’exploitation qui est faite par certains partis populistes et extrémistes de ces drames est d’un cynisme absolu. A-t-on déjà parlé d’un homme qui n’avait pas récidivé ? Non parce qu’on ne connait pas son nom. Ce qui frappe l’opinion publique, et c’est normal, c’est naturellement ce drame", a-t-il lancé.

Le violeur présumé de la jeune fille de 17 ans est actuellement en détention provisoire et mis en examen pour "viol sur mineur de plus de quinze ans" et "menaces de mort avec ordre de remplir une condition".

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Guillaume Dussourt