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"On doit slalomer entre les préservatifs": à Marseille, des habitants tentent de reconquérir leur quartier occupé par les prostituées

Les riverains de la rue du monastère à Marseille ont décidé d'investir l'espace public chaque nuit pour lutter contre la prostitution. Ils en appellent aux pouvoirs publics qui assurent s'être déjà saisis du problème. En vain visiblement.

Ils n'en peuvent plus. À Marseille, un collectif d'une trentaine de riverains organise des rondes toutes les nuits depuis la mi-juin en bas de leur logement.

Le but: lutter contre la prostitution qui sévit depuis quelques années dans leur rue du centre-ville, a rue du Monastère, en dissuadant les travailleuses du sexe de s'y installer. Une présence qui les dérange depuis la fin de l'année 2019, moment où les prostituées auraient commencé à recevoir leurs clients dans les halls d'immeuble et même directement dans la rue.

Ghislaine une riveraine estime que c’est le seul moyen de lutter contre la prostitution: "On trouvait des mouchoirs tous les jours et je me suis retrouvé un matin face à un client et une prostituée qui ne voulaient pas partir". Et leur présence semble éloigner les prostituées mais pour un moment seulement: "Quand on tourne dans le quartier, elles s’en vont mais seulement pour un temps, elles reviennent après", ajoute Ghislaine.

"Je vis dans la peur", assure Rachid, qui habite dans le quartier depuis 18 ans. "J’ai peur qu’il y ait de représailles de la part des prostituées ou des proxénètes, j’ai peur que ces personnes-là s’en prennent à nous", assure-t-il à RMC.
"Nous sommes asphyxiés par la prostitution qui s'invite dans nos habitations, dans nos halls, dans nos rues, sous nos fenêtres. Le quartier est de moins en moins sûr. Il y a des trafics en tout genre, les trottoirs sont jonchés de détritus, on doit slalomer entre les préservatifs, les passes se font à même les immeubles. Nous sommes très très fatigués à occuper les rues toutes les nuits, nous sommes excédés et en colère", assure le père de deux filles de 8 ans et de 13 ans et d'un garçon de 18 ans. "Nos vies ont changé, mes enfants ne sortent plus", raconte-t-il.

"Les réseaux de prostitution ont pris le pouvoir"

"On essaie de faire le travail de la police, mais nous ne sommes pas des justiciers. Nous avons peur. (...) Nous sommes confrontés à la prostitution des mineures, notamment une jeune fille de 13-14 ans. Elle a été poursuivie par trois jeunes qui voulaient la faire monter dans une voiture. Nous avons dû intervenir pour la protéger. On essaie de faire le travail de la police, mais nous ne sommes pas des justiciers. Nous avons peur", ajoute Rachid.

"Les réseaux de prostitution ont pris le pouvoir. On ne comprend pas pourquoi les pouvoirs publics n'agissent pas. Le territoire est abandonné par les pouvoirs publics. Nous avons rencontré la maire, des députés. Nous rencontrons la police aujourd'hui. Il faut qu'ils reprennent le terrain", demande-t-il.

"Le problème je l’ai déjà signalé à la police nationale mais on ne peut pas agir du jour au lendemain", se défend Didier Jau, le maire EELV du 4eme arrondissement de Marseille, "Nous avons demandé à la métropole un aménagement de la zone".

Un aménagement de la zone, c’est d’ailleurs ce que demandent les riverains. Ils plaident pour l’installation de poteaux le long des trottoirs et de caméras de vidéosurveillance pour dissuader proxénètes, prostituées et clients de s’installer rue du Monastère. Une rencontre entre les habitants du quartier et les pouvoirs publics doit avoir lieu ce mercredi.

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Martin Bourdin avec Guillaume Dussourt