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Procès de l'attentat de Nice: "Il était brutal et s'emportait vite", explique le père du terroriste

Attentat de Nice: le père du terroriste devant la cour d'assises spéciale au procès de l'attentat du 14 juillet 2016

Attentat de Nice: le père du terroriste devant la cour d'assises spéciale au procès de l'attentat du 14 juillet 2016 - Marion Dubreuil pour RMC

Le père du terroriste Mohamed Monser Lahouaiej Bouhlel a témoigné ce mercredi matin devant la cour d'assises spéciale au procès de l'attentat du 14 juillet 2016. Cet agriculteur tunisien de 62 ans n'a donné aucune explication sur le geste de son fils avec qui il était en rupture. Il a en revanche dressé le portrait d'un adolescent brutal avec ses camarades et ses frères, intolérant à la frustration.

Témoignage fort ce mercredi à la barre du procès de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice. Mohamed Monser Lahouaiej Bouhlel a fait le déplacement depuis la Tunisie, cet agriculteur de 62 ans, moustache et cheveux blanc, et a témoigné assis devant la cour d'assises spéciale. Il explique qu'il n'avait plus de contact avec son fils depuis 4 ans quand il a commis l'attentat du 14 juillet 2016. Il raconte que c'était un petit garçon "peu obéissant" dont le comportement brutal lui était rapporté par de nombreux professeurs.

"Quand il y a un problème pour lequel il n'a pas de solution, il s'énerve", explique le sexagénaire. "Il s'emballe vite".

Le témoin admet sans difficulté avoir frappé son fils dans l’enfance quand "il volait, quand il rentrait tard". "Ça ne laissait pas de trace c’était une gifle un coup de pied de temps en temps. Tout le monde frappe ses enfants".

"Mon fils m'a regardé avec un regard noir dangereux"

A partir de 16, 17 ans, Mohamed Lahouaiej Bouhlel a vécu seul dans une maison voisine de celle du domicile familial. "Il avait des comporements étranges avec ses petits frères. Quand les problèmes se sont accumulés on a décidé avec sa mère qu'il vivrait seul à côté."

Le témoin rapporte à la cour une scène particulièrement violente: un jour, il rentre chez lui et retrouve son domicile portes cassées, vitres brisées. "Mon fils m'a regardé avec un regard noir dangereux". Le père de famille décide alors d'emmener son fils chez un psychiatre, Mohamed Lahouaiej Bouhlel avait 19 ans.

"Pourquoi il n’est jamais revenu le voir?" l’interroge le président. "Il lui a donné trois médicaments pourquoi il n’y retourne pas?" "Ses médicaments l'endorment, je lui ai conseillé d’arrêter le traitement", répond le père du terroriste. "Pourquoi ne pas l'avoir emmené une deuxième fois pour un diagnostic?", reprend le juge. "Ce n'est pas un type qui obéit bien", conclut le père du terroriste.

"Faut pas croire qu'on est fier ou content de ce qu'il s'est passé"

"Le 14 juillet votre fils va blesser des centaines de personnes et tuer 86 personnes, les autorités françaises, la police et le procureur de la République ont mis en relation cet acte meurtrier avec une résolution terroriste", poursuit le président. "Ils disent que c'est un crime terroriste comment vous l'interprétez-vous?"

"Faut pas croire qu'on est fier ou content de ce qu'il s'est passé, on présente nos condoleances à tous les proches, les victimes à tout le peuple français, on demande pardon. 86, c'est pas un nombre minime, c'est un bilan de guerre, je le condamne".

"Est-ce que vous avez une explication?", reprend le juge. "Je ne sais pas s'il a pris une drogue, s'il a été poussé par quelque chose, s'il avait sa conscience mentale, comment il a fait ca pourquoi. Je n'avais plus de contact avec lui depuis 4 ans, maintenant qu'il est mort je lui demande pourquoi".

"Moi je n'aime pas la délinquance, il faut travailler, gagner de l'argent"

Entre les lignes, on comprend que ce père de famille musulman pratiquant ne voulait plus de lien avec ce fils encombrant qui sortait trop buvait de l'alcool et battait son épouse: "Moi je n'aime pas la délinquance, il faut travailler, gagner de l'argent"

Il explique d'ailleurs qu'il avait été content de le voir partir en France en 2007 avec sa femme. Face aux questions des parties civiles après 1h30 à la barre, le témoin s'impatiente, il regarde les accusés à la demande d'une avocate "ceux qui n'ont pas de robe". Elle énumère: "M. Chafroud, M. Areba, M. Ghraieb ? Est-ce que vous en reconnaissez un?". "Non aucun", répond Mohamed Monser Lahouaiej Bouhlel.

Marion Dubreuil (édité par J.A.)