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Procès des Barjols: une audience en décalage avec la gravité des faits reprochés

Un prévenu dans le box au procès des Barjols - Marion Dubreuil

Un prévenu dans le box au procès des Barjols - Marion Dubreuil - Marion Dubreuil

Treize prévenus liés au groupe d'ultra droite les Barjols sont jugés pour association de malfaiteurs terroriste depuis ce mardi 17 janvier. La justice leur reproche d'avoir projeté l'assassinat du président de la République en novembre 2018. À l’ouverture du procès plusieurs prévenus ont cherché à être excusés pour ne pas assister aux trois semaines d’audience.

La plupart des prévenus n'ont même pas enlevé leur manteau, comme s'ils étaient de passage au tribunal correctionnel de Paris, alors que l'audience pour laquelle ils comparaissent pour association de malfaiteurs terroristes doit durer trois semaines jusqu'au 2 février. Les faits sont pourtant graves. La justice leur reproche d'avoir projeté l'assassinat du président de la République Emmanuel Macron en novembre 2018, à l'occasion du centenaire des commémorations de l'armistice.

Ils défilent à la barre à l'appel du président, la plupart ont les cheveux grisonnants, le pas mal assuré, en dissonance avec la gravité des faits qui leur sont reprochés. Le plus jeune, Antoine B. âgé de 26 ans, est très agité et soutenu par son avocat. Il souffre d'une déficience mentale. "Soufflez Monsieur", l'encourage le président qui lui rappelle ensuite l'infraction qui lui est reprochée: "Vous avez compris?", demande le juge. "Non", répond le jeune homme qui retourne s'asseoir le souffle coupé. "Nous ne faisons pas de religion, pas de politique, pas de morale nous faisons du droit", assure le président de la 16e chambre pour évacuer le "fantasme d'une justice politique".

Rapidement l'audience tourne au carnet des doléances, Nathalie. C. une prévenue âgée de 56 ans semble plus inquiète par la perte de son travail que par la tenue du procès. Elle demande à être excusée pour la majeure partie des audiences pour pouvoir assurer ses 10 heures de contrat de ménage par semaine auprès de deux employés dont un médecin généraliste qui ignore tout de ses démêlés judiciaires. "On n’est pas dans un salon de coiffure", s’agace le président qui fait pourtant preuve de beaucoup de pédagogie et lui rappelle l’importance du "contradictoire" et donc de la présence des prévenus tout au long du procès.

Croquis d'audience au procès des Barjols
Croquis d'audience au procès des Barjols © Marion Dubreuil

Quand le chat diabétique d'un prévenu s'invite dans les débats

La prévenue dit comprendre l'enjeu mais elle explique qu'elle ne peut plus se permettre de perdre un travail, car depuis l'affaire, elle a divorcé et doit subvenir seule à ses besoins.

On retrouve la coloration sociale du dossier qui éclate à l'automne 2018, avec l'interpellation de plusieurs suspects le 6 novembre 2018 alors que la justice les soupçonne de projeter l’assassinat du président Macron en marge du centenaire des commémorations de l'armistice. Nous sommes alors 10 jours seulement avant le début de la mobilisation des gilets jaunes. "Ce n’est pas de la responsabilité des prévenus si l’antiterrorisme a été centralisé à Paris", explique Me Ruiz qui représente Delphine T. une autre prévenue qui réside en Dordogne. Au chômage, elle a du mal à financer son séjour à Paris.

Il est ensuite question du "chat diabétique" d’un autre prévenu. Quand le président lui propose de faire intervenir un tiers le prévenu explique "être le seul à pouvoir à approcher son chat". Quelques rires étouffés dans la salle. "Chaque jour passé au tribunal contribue à mettre en danger la vie de mon chat", poursuit le prévenu. Le président garde son calme:  "Entre la dose d’insuline de votre chat et l’enjeu judiciaire pour vous et les autres prévenus…".

Des prévenus au procès des Barjols
Des prévenus au procès des Barjols © Marion Dubreuil

Une seule détention provisoire

Seul un prévenu comparait dans le box: Mickael I, 42 ans est en détention provisoire dans ce dossier depuis le 7 novembre 2018. "Seule son indigence la justifie", déplore son avocate qui plaide sa remise en liberté. "Pourquoi est-il seul dans le box aujourd'hui? plaide Me Masar. "C'est parce qu’il n’a pas d'adresse, pas de famille, si ce n'est une vieille tante en Allemagne", estime-t-elle. L'avocate rappelle qu'il a perdu 30 kilos depuis plus de 3 ans, Mickael I. a du mal à tenir en place dans son box visiblement éprouvé: "C'est très compliqué, en cellule on dort avec les rats, la nourriture est périmée. Les conditions sont inadmissibles. On est à 3 ou 4 par cellule de 9m.

Le président lui rappelle que l'absence de domiciliation est un obstacle à sa remise en liberté: "J'ai quelques détenus qui m'ont assuré qu'ils me prêteraient leur appartement le temps du procès". Après en avoir délibéré le tribunal a rejeté sa demande de remise en liberté.   

Marion Dubreuil