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Réforme de la police judiciaire: après les manifestations, Gérald Darmanin menace de sanctions

Dans une interview au Parisien ce lundi, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a assuré maintenir la réforme de la police judiciaire malgré les contestations de policiers en fin de semaine dernière. Il affirme que les policiers qui manifestent sont passibles de sanctions.

Les officiers de Police Judiciaire protestent contre une réforme de la police. Et ce lundi matin, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, les a mis en garde.

“Il y a des policiers vendredi qui ont participé à des rassemblements, parfois en ayant le visage masqué, sans avoir posé de jour de congé, en se rendant à ses manifestations avec des voitures de service”. C’est ce que dénonce Gérald Darmanin dans une interview au Parisien. Il affirme que ces images sont choquantes, et que ces fonctionnaires de police pourraient être sanctionnés. Il demande de l’apaisement pour cette fois, mais prévient qu’il pourrait y avoir des sanctions si cela devait se reproduire. Il faut dire que les policiers la semaine dernière ont fait preuve d’un grand sens de la mise en scène.

Jeudi, alors que le patron de la police nationale était en visite à Marseille, plusieurs dizaines d'inspecteurs lui ont fait ce qu’ils ont appelé une haie de déshonneur. Frédéric Veaux a dû traverser des couloirs et des escaliers au milieu de fonctionnaires en colère qui le défiaient ouvertement en croisant les bras.

Le lendemain, en réaction à cet affront, le patron de la PJ marseillaise, Eric Arella, a été limogé en quelques minutes et a dû quitter son bureau. Il a eu le droit cette fois à une haie d’honneur et à des applaudissements nourris. Un nouvel affront. Et puis dans la foulée des policiers se sont rassemblés un peu partout en France, dans une trentaine de villes, souvent en déposant leurs armes. Ce sont toutes ces images qui, selon Gérald Darmanin, dépassent les limites.

Le ministre de l'Intérieur justifie ce lundi matin le renvoi du patron de la PJ de Marseille. Selon lui, on ne peut laisser faire n’importe quoi. Les policiers doivent être commandés, les chefs sont là pour ça, et le lien de confiance était rompu, avec ce directeur de la PJ marseillaise. Voilà pourquoi il a donc été assez brutalement écarté vendredi.

Le bruit a couru que le directeur central de la police judiciaire avait voulu démissionner pour ne pas être responsable de ce limogeage. C’est faux, affirme Gérald Darmanin dans Le Parisien. Il assure qu’il est toujours à son poste.

Une perte de prestige après la réforme?

Le fond de l’affaire, c’est la contestation de la réforme de la police nationale. C’est une réforme qui prévoit de rattacher la police judiciaire à des nouvelles structures départementales. On regrouperait sous les ordres d’un directeur départemental toutes les polices. La sécurité publique, les CRS, la police des frontières et la police judiciaire. Ce qui fait craindre aux inspecteurs de la PJ de perdre en liberté et en indépendance. Pour l'instant, les fonctionnaires de la police judiciaire dépendent d’une direction centrale à Paris, mais au quotidien, ils dépendent surtout des juges d’instruction qui dirigent leurs enquêtes.

Les inspecteurs et inspectrices de police judiciaire sont avant tout au service de la justice. Ils se consacrent à la lutte contre les crimes les plus graves, le crime organisé, les braquages, les assassinats, les mafias, le proxénétisme.

Avec la réforme en cours, ils craignent d'être appelés à des tâches moins nobles. Ils craignent que les nouveaux directeurs départementaux leur demandent de participer à des opérations de maintien de l’ordre, à des enquêtes sur des délits, mineurs, à la lutte contre la petite délinquance du quotidien. Bref, ils redoutent de perdre leur spécificité et leur prestige. Les magistrats sont plutôt de leur côté, y compris le premier d’entre eux. Le procureur général auprès de la Cour de cassation, François Molins, a émis de sérieuses réserves sur cette réforme.

Gérald Darmanin, ce lundi matin dans Le Parisien, se dit prêt à écouter les doutes des hommes et des femmes de la PJ, il leur promet qu’aucun officier de PJ ne fera demain autre chose que ce qu’il faisait aujourd’hui. Mais il ajoute qu’il n’est pas prêt à revenir en arrière. Il affirme que cela fait 30 ans que la réforme est dans les tuyaux, mais que personne avant lui n’a eu le courage de le faire.

Nicolas Poincaré