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Tuerie à Paris: le porte-parole du CDKF évoque un "attentat terroriste" et cible la Turquie

Le porte-parole du Conseil démocratique kurde en France (CDKF), Agit Polat, était invité à réagir à la fusillade de la rue d’Enghien, au lendemain des faits. Dans la Matinale Weekend, Agit Polat qualifie le drame “d’attentat terroriste”.

“Frustration, colère et incompréhension”. C’est avec ces mots qu’Agit Polat, porte-parole du Conseil démocratique kurde en France (CDKF), a qualifié son état d’esprit après la fusillade de la rue d’Enghien, devant les locaux du CDKF.

Avec un bilan provisoire de trois morts et de trois autres blessés, le drame a créé un profond choc notamment au sein de la communauté kurde de France. Et d’ores et déjà, beaucoup de questions se posent alors que l’enquête ne fait que commencer.

Malgré la décision du parquet antiterroriste de ne pas se saisir de l’affaire, Agit Polat affirme avec force que la fusillade de vendredi est un “attentat terroriste”. Pour expliquer son raisonnement, il débute en affirmant qu’il lui a été dit que le tireur “était une personne de l’extrême droite. Mais depuis 40 ans maintenant, en tant que structure exerçant sur le territoire national, nous n’avons jamais eu à faire à l’extrême droite, elle n’a jamais pris pour cible nos structures”.

Le porte-parole du CDKF explique alors être “sur cette théorie d’un attentat terroriste”, qui plus est en prenant connaissance “des profils des victimes, plus particulièrement l’une d’entre elles qui était responsable de haut niveau du mouvement des femmes kurdes qui a combattu Daesh, ainsi que les alliés de l’état turc en Syrie”.

La Turquie en ligne de mire d’Agit Polat

Lors d’un point presse tenu hier sur les lieux du drame, et qui ont ensuite été l’objet de débordements après la prise de parole du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin avait relativisé les accusations en expliquant qu’il n’était “pas sûr que le tueur qui a voulu assassiner des personnes (...) l’ait fait spécifiquement pour viser les Kurdes”, ajoutant qu’il appartenait à l’enquête dirigée par la procureure de la République de Paris de déterminer si l’attaque était ciblée envers des citoyens kurdes.

“C’est de nature politique. C’est un attentat terroriste pour nous. Nul doute sur l’implication d’une façon ou d’une autre de la Turquie derrière ces assassinats”, assume Agit Polat.

En réponse, Agit Polat veut que “toute la lumière soit faite” sur ce drame. Il rappelle que “l’expérience du 9 janvier 2013, où 3 femmes kurdes, trois militantes et dirigeantes kurdes ont été lâchement abattues encore une fois par l’implication des services de renseignement turcs” est encore ancrée dans sa mémoire.

“Depuis maintenant 10 ans, la lumière n’a toujours pas été faite (sur les meurtres du 9 janvier 2013). Comment se fait-il qu’un profil comme celui de l’assaillant d’hier vienne, en l’espace de 11 jours, se saisir d’un arsenal comme celui-ci à l’approche de la commémoration des dix ans du triple meurtre” du 9 janvier 2013, questionne Agit Polat.

“Plus de sécurité” devant les lieux kurdes

Le préfet de police de Paris, Laurent Nunez, a convié les organisations kurdes à une rencontre ce samedi matin pour évoquer le drame survenu dans la rue d’Enghien (Xème arrondissement de la capitale).

Une rencontre dont se satisfait Agit Polat, qui souligne que ce “sera la première fois depuis le 9 janvier 2013 que des organisations kurdes seront reçues par les autorités. C’est important pour nous, c’est un geste”.

“On va faire part au préfet de nos préoccupations, de nos critiques, de nos remarques. On attend plus de sécurité (devant les lieux abritant des organisations kurdes), nous avons signalé cela à de multiples reprises il y a une vingtaine de jours encore, mais on n’est pas entendu par les autorités françaises”, déplore Agit Polat.

Alexis Lalemant