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A Calais, un électeur sur deux a voté Marine Le Pen: "C'était certain avec tous les immigrés qu'on a"

La jungle de Calais, où s'entassent 4.500 migrants.

La jungle de Calais, où s'entassent 4.500 migrants. - Philippe Huguen - AFP

Les habitants de Calais ont voté en masse pour la candidate du Front National, Marine Le Pen, dimanche, au premier tour des régionales. Les habitants rencontrés par RMC, excédés pour certains par la présence de plusieurs milliers de migrants dans la "jungle" qui jouxte leur ville, ne sont pas surpris par ce score (49,10% des voix).

Un véritable plébiscite. A Calais, Marine Le Pen a recueilli les faveurs d'un électeur sur deux (49,10% voix) au premier tour des élections régionales, dimanche. C’est 9 points de plus que la moyenne régionale. La présidente du Front National et tête de liste pour la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie savait pouvoir faire un gros score dans cette ville dont on ne parle plus que pour évoquer la "jungle", camp de migrants où s'entassent 4.500 clandestins. En visite en octobre, Marine Le Pen avait bien sûr insisté sur cette plaie qui fait souffrir les habitants du Calaisis. "S'il y a un endroit de France qui symbolise la chute de l'État, c'est bien Calais", avait-elle assénée.

"Quand on voit nos CRS qui se font taper dessus…"

Alors, pour les habitants, ce score de la leader du FN, ce n'est vraiment pas une surprise. "C'était certain avec tous les immigrés qu'on a, déclare sur RMC René, retraité, en désignant quelques migrants qui se baladent, comme lui, sur la jetée. C'est le problème. Que voulez-vous qu'on fasse avec ces 5.000 bonhommes-là? On n'a pas de boulot ici (12,8% de taux de chômage au deuxième trimestre 2015, chiffres Insee), alors ça explique tout". René n'a pas voulu dire pour qui il a voté dimanche. Mais un peu plus loin, Pierre, un autre retraité calaisien revendique, lui, son bulletin bleu marine. "C'est un vote de sanction pour faire bouger les choses. Quand on voit nos CRS qui se font taper dessus, ça ne va pas. Donc c'est un avertissement au gouvernement".

"Je ne voterai pas pour Xavier Bertrand"

Un avertissement lourd de conséquences pour ceux qui défendent les migrants comme Claudine, de l'association Salam. "Marine Le Pen a dit : 'moi présidente de région, Salam, n'aura plus un centime'. Ce dont j'ai peur aussi, c'est que des gens, qu'on voyait déjà dans la rue et qui n'hésitent pas à frapper des migrants avec des barres de fer, se sentent autorisés à continuer leurs exactions et aller même au-delà". 

Dimanche, la militante socialiste n’ira pourtant pas voter pour Xavier Bertrand, le candidat Les Républicains, arrivé en seconde position dimanche dans la région, malgré le retrait du candidat socialiste Pierre de Saintignon pour faire barrage au FN. "Ça va être moche, mais je sais ce que je vais faire. Prendre les deux bulletins (de Marine Le Pen et de Xavier Bertrand), les déchirer en quatre et les mettre dans l'enveloppe. Voilà".

"Le front républicain ? On nous prend pour des pions"

Le front républicain, elle n’y croit pas de toute façon. Pas plus que ceux qui ont choisi Marine Le Pen dimanche. "Je ne suis pas d'accord pour ce système, râle Pierre. Il ne faut pas faire barrage, car il faut laisser les gens s'exprimer quand même. Ce sont les gens qui décident. Eux (les dirigeants de partis, NDR) ils nous regardent de haut et nous prennent un peu pour des pions". D’un côté comme de l’autre, on n’espère qu’une chose pour le second tour, dimanche 13 octobre : mobiliser les abstentionnistes.

Philippe Gril avec Amélie Rosique