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Attaque à Paris: quelle est l'histoire des Kurdes, plus grand peuple apatride du monde?

L’attaque de vendredi à Paris, devant un centre culturel, a mis un coup de projecteur malheureux sur cette communauté au passé douloureux. Retour sur les grandes lignes de l’histoire des Kurdes dans le monde, et en France.

Deux jours après la fusillade qui a fait trois morts dans le 10e arrondissement de Paris, la communauté kurde est endeuillée. Les trois victimes sont des militants d'une association kurde. Le tireur présumé a avoué vouloir s'en prendre à cette communauté qui, elle, dénonce des assassinats politiques orchestrés par la Turquie. Aussi, en marge des rassemblements organisés samedi en hommage aux victimes de l’attaque, d’importants débordements ont été relevés à Paris et à Marseille, signe partiel de la colère de ce peuple.

Alors, pour tenter de comprendre un peu mieux ce que vivent les Kurdes en France et dans le monde, il est fondamental de revenir sur le passé de cette communauté. D'abord, pas de panique! Si vous ne savez pas où placer le Kurdistan sur une carte, c’est normal. Dans les faits, le Kurdistan n'est pas un état souverain, mais un groupe ethnique.

Le peuple kurde, composé d’entre 30 et 40 millions de personnes, est réparti majoritairement et historiquement dans quatre pays : en Turquie, en Iran, en Irak et en Syrie. C'est tout simplement le plus grand peuple apatride au monde.

En France, il y a 230 à 250 000 Kurdes selon l'Institut kurde de Paris, dont la très grande majorité vient de Turquie.

Un conflit avec la Turquie depuis près de 30 ans

Si beaucoup de Kurdes ont fui la Turquie, c’est que l’histoire du conflit avec les Turcs est sordide. Ce conflit, qui dure depuis 1984, a provoqué la mort d'au moins 45 000 personnes.

C’est l’insurrection du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, qui est à la source de cette dramatique histoire. D’ailleurs, beaucoup de manifestants arboraient samedi, à Paris lors du rassemblement en hommage aux victimes de l’attaque, le drapeau du PKK et reprenaient même des slogans à la gloire de ce parti.

Néanmoins, il faut aussi souligner que ce PKK est considéré comme "terroriste" par plusieurs états, dont la France et toute l'Union européenne. En Turquie aussi le PKK est considéré comme une organisation terroriste.

Cependant, ce ne sont pas les seuls militants du parti qui sont visés par les autorités turques.

Depuis plusieurs années, le président Recep Tayyip Erdogan a durci sa position vis-à-vis de la communauté kurde : arrestations d'opposants et de journalistes kurdes, notamment. L'armée turque mène aussi des raids aériens contre des positions kurdes hors de ses frontières et Ankara menace le Kurdistan irakien d'une invasion terrestre.

Des alliés de taille dans la lutte contre Daesh

Étalé sur quatre pays différents, dont l’Irak et la Syrie, le peuple kurde a donc été aux premières loges face à l'expansion de Daesh et sont surtout devenus les premiers remparts contre la progression de l'Etat islamique.

On se souvient notamment de la bataille de Kobané qui a duré 9 mois, comparée à la bataille de Stalingrad par la presse internationale, et de la bravoure de ces combattants kurdes qui ont fini par vaincre Daech. Les photographies des soldates kurdes avaient notamment fait le tour du monde. C'était il y a seulement 8 ans.

Par ailleurs, un ancien chef des forces américaines au Moyen-Orient avait affirmé que les combattants kurdes avaient permis de libérer des dizaines de milliers de kilomètres et des millions de personnes des griffes de l'Etat islamique. Des alliés sans lesquels l'Occident n'aurait peut-être pas vaincu Daesh.

Ce dévouement face à l’ennemi a peut-être été très vite oublié par l’Occident. C’est en tout cas un certain sentiment d'abandon de la part des manifestants kurdes qui a pu être ressenti samedi, lors des rassemblements à Paris et à Marseille.

Ce puissant sentiment est aussi décuplé par la lenteur de l’enquête sur le triple meurtre de militantes kurdes en 2013. La justice française n'a, à l’heure actuelle, toujours pas élucidé ce fait.

L'enquête policière avait pourtant révélé "l'implication" des services secrets turcs. Et les manifestants kurdes, rencontrés à Paris lors de la manifestation de samedi, voient dans la tuerie de la rue d’Enghien une fois encore, la main du pouvoir turc. Ce que pour l'instant aucune déclaration officielle n'est venue confirmer.

Kévin Gasser, avec Alexis Lalemant