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"C'est absolument contraire à mes valeurs": l'une des députés qui a quitté une salle face à une syndicaliste voilée s'explique sur RMC

DOCUMENT RMC - Lors d'une audition à l'Assemblée des députés ont quitté la salle en guise de protester face au voile d'une étudiante interrogée. Anne-Christine Lang était sur RMC.

C'est une séquence qui divise les auditeurs de RMC. Des députés LR et une élue LREM ont quitté jeudi une audition à l'Assemblée sur le Covid-19 et la jeunesse, pour protester contre la présence d'une syndicaliste étudiante voilée. 

Après la prise de parole des syndicalistes étudiants, le député du Pas-de-Calais (LR) Pierre-Henri Dumont, faisant un "rappel au règlement", s'est indigné du voile porté par la vice-présidente de l'Unef, Maryam Pougetoux, en estimant qu'il s'agissait d'un "acte communautariste délibéré" qui enfreignait "le principe de laïcité auquel doit s'astreindre notre assemblée". L'argument a été battu en brèche par la présidente de la commission, l'élue de Haute-Garonne Sandrine Mörch, qui a déploré un "mauvais procès" en rappelant qu'"aucune règle n'interdi(sait) le port de signe religieux pour les personnes auditionnées".

"J'étais vraiment très gênée"

Parmi les parlementaires présents - dans le cadre de la nouvelle commission d'enquête "pour mesurer et prévenir les effets de la crise du Covid-19 sur les enfants et la jeunesse"-, Anne-Christine Lang, députée LREM. 

"Pourquoi avez-vous quitté la salle?" l'a interrogé Apolline de Malherbe, en direct sur RMC.

"Parce que ce n'était l'idée que je me fais de l'institution, c'est absolument contraire aux valeurs que je porte. j'étais vraiment très gênée que quelqu'un puisse participer aux travaux de l'Assemblée nationale avec des signes religieux si ostensibles. La question se pose: quand on vient s'exprimer devant la représentation nationale, devrait-on avoir une neutralité vestimentaire?" a-t-elle indiqué, avant de confier "douter d'une question politique" derrière ce geste. 
"Elle prétend que non. Elle représente l'UNEF, et comme elle l'a dit en 2018, elle prétend qu'il ne s'agit absolument pas d'une démarche politique. Ce dont on peut douter, avec sa façon d'arborer le hijab, il y a quelque chose de très vindicatif. Et c'est pour cela que c'est gênant".

Si, pourtant, rien n'interdit le port du voile, d'une kippa ou encore d'une croix autour du cou pour les participants à des réunions de travail - et non pas au sein de l'hémicycle -, la députée LREM de Paris, qui se présente comme "féministe très engagée", estime souhaitable d'une réflexion sur "tout signe religieux lorsque l'on vient s'adresser à la représentation nationale".

"Pas question d'interdire le voile dans l'espace public"

Anne-Christine Lang indique ainsi "lorsqu'on est au milieu du public et que l'on vient assister aux questions au gouvernement, ça ne me dérange pas, puisque les gens viennent habiller comme ils le sont dans la rue. En revanche, lorsqu'on vient s'exprimer devant la représentation nationale, la question se pose de venir sans signe religieux ostensible".

Avant de préciser qu'il "n'est pas question d'interdire le voile dans l'espace public ni de stigmatiser une religion ou les femmes qui portent le voile. Quoi qu'on en dise, les femmes sont libres de porter ce qu'elles veulent dans l'espace public. La question est aujourd'hui de savoir si, dans l'Assemblée nationale, qui est un symbole des valeurs de liberté, d'égalité, de fraternité et de laïcité, doivent s'appliquer les règles qui s'appliquent dans d'autres espaces? En tant que symbole de la démocratie et de la République, doit-on y imposer une neutralité religieuse" a-t-elle conclu sur RMC. 
Xavier Allain