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Covid: convoqué le 24 octobre devant la CJR, Edouard Philippe risque une mise en examen

Edouard Philippe lors d'une conférence de presse après une réunion du bureau exécutif du LREM, à Paris, le 5 mai 2022

Edouard Philippe lors d'une conférence de presse après une réunion du bureau exécutif du LREM, à Paris, le 5 mai 2022 - STEPHANE DE SAKUTIN © 2019 AFP

Edouard Philippe est convoqué le 24 octobre devant la Cour de justice de la République, sur la gestion de l'épidémie de Covid. L'ancien Premier ministre risque une mise en examen.

Un an après l'ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn, l'ex-Premier ministre Edouard Philippe est convoqué le 24 octobre devant la Cour de justice de la République (CJR) et risque une mise en examen pour de possibles infractions dans la gestion gouvernementale de l'épidémie de Covid-19.

A l'issue de son interrogatoire de première comparution, il pourrait aussi échapper aux poursuites, en étant placé sous le statut plus favorable de témoin assisté, s'il parvient à convaincre les juges qu'il n'existe à ce stade pas suffisamment d'indices graves ou concordants contre lui.

"Je conteste vigoureusement les incriminations qui me sont reprochées", a assuré Edouard Philippe dimanche dans une interview au Parisien.

Le maire du Havre et président du parti politique proche de la majorité présidentielle Horizons sera entendu par les trois magistrats de la commission d'instruction de la CJR sur les infractions de mise en danger de la vie d'autrui et abstention volontaire de combattre un sinistre, a confirmé mardi le parquet général près la Cour de cassation, sollicité par l'AFP après une information du Monde.

L'ancien Premier ministre est soupçonné de ne pas avoir ordonné de mesures de protection en faveur du personnel soignant et des travailleurs exposés, ni d'avoir anticipé l'épidémie malgré les alertes. Selon Le Monde, il devra également s'expliquer sur le maintien du premier tour des élections municipales le 15 mars 2020 alors que les contaminations s'intensifiaient.

Ni Edouard Philippe, donné parmi les prétendants à la présidentielle de 2027, ni son entourage n'ont pu être joints par l'AFP.

Dans cette information judiciaire ouverte en juillet 2020 et menée par la CJR, seule habilitée à poursuivre et juger des membres du gouvernement pour des crimes ou délits commis dans l'exercice de leurs fonctions, l'ex-ministre de la Santé (mai 2017-février 2020) Agnès Buzyn a été mise en examen pour mise en danger de la vie d'autrui le 10 septembre 2021.

Elle a été placée sous le statut de témoin assisté pour abstention volontaire de combattre un sinistre. L'ex-ministre de la Santé Olivier Véran, aujourd'hui porte-parole du gouvernement, est également visé par cette instruction, mais à ce stade, il n'a pas été entendu.

"Nous nous sommes trompés"

Les investigations avaient été lancées après plusieurs plaintes dénonçant notamment le manque d'équipements de protection pour les soignants et la population, ou encore les errements sur la nécessité ou non de porter des masques.

"Sur les masques, nous nous sommes trompés, ni plus ni moins", a reconnu en septembre Olivier Véran à la sortie de son livre "Par-delà les vagues" (éditions Robert Laffont), qui "est aussi l'occasion pour présenter mes excuses", avait-il ajouté.

Depuis, d'autres plaintes ont été jointes à cette information judiciaire en cours. En 2021, la CJR en a reçu plus de 20.000, dont la quasi-totalité en lien avec le coronavirus et le passe sanitaire.

Mais 19.685 d'entre elles, des plaintes "types" rédigées en des termes identiques à partir d'un formulaire payant mis en ligne par l'avocat Fabrice Di Vizio, ont été classées sans suite.

Dans cette affaire, plusieurs perquisitions avaient été menées en octobre 2020, notamment aux domiciles et bureaux de MM. Véran et Philippe, de Mme Buzyn et de l'ex-membre du gouvernement Sibeth Ndiaye par les enquêteurs de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique et de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales.

A ce jour, selon les chiffres de Santé publique France, l'épidémie de Covid-19 a provoqué 155.000 décès en France.

En parallèle de l'enquête sur le volet gouvernemental de la gestion de l'épidémie, des juges d'instruction du pôle Santé publique de Paris enquêtent depuis novembre 2020 sur les responsabilités de l'administration de l'État, également mise en cause par plusieurs centaines de plaignants.

Récemment, la CJR a annoncé le renvoi devant sa formation de jugement d'Eric Dupond-Moretti pour "prises illégales d'intérêt". Le Garde des Sceaux a formé un pourvoi.

Un autre haut responsable de la majorité, le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler, a lui été mis en examen le 23 septembre pour "prise illégale d'intérêts" dans l'enquête sur ses liens avec l'armateur italo-suisse MSC.

LP avec AFP