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Energie: de plus en plus d'écologistes tentés par les sirènes du nucléaire?

Les élus écologistes seraient de plus en plus sensibles en coulisses aux arguments du nucléaire, une énergie peu gourmande en CO2.

Certains écolos sont de plus en plus sensibles aux arguments des pro-nucléaires. Une énergie jusqu'alors bannie par les écologistes mais désormais, "on doit entendre les aspirations de la société sur le nucléaire". Voilà ce que nous confie un député écolo qui a bien remarqué que l’opinion publique est de plus en plus favorable à son utilisation, les sondages appuyant cela.

Alors en interne, certains tentent de faire pression sur le parti. Notamment des jeunes militants. Ils ciblent la commission énergie d’Europe Ecologie-Les Verts. D’autres inondent les boîtes mails des cadres et des adhérents avec des argumentaires détaillés. "Chez nous, il y a les mêmes lobbys que dans le reste de la société", reconnaît un parlementaire.

Un autre élu est même persuadé que la ligne anti-nucléaire n'est plus la bonne stratégie. Elle aurait, selon lui, fait perdre des voix aux écolos pendant la dernière présidentielle. Alors il l'assure: "Si j'étais au pouvoir, je vous promets: je n'appuierai pas sur un bouton pour éteindre d'un coup les centrales."

Une lettre de (re)cadrage

Les écolos bientôt prêts à défendre la construction des centrales nucléaires? Pas encore. Ce mardi après-midi, par exemple, le Sénat va voter une loi sur le sujet, et les sénateurs écolos seront contre. Mais il y a bel et bien une offensive favorable à l'énergie nucléaire. La nouvelle direction du parti, conduite par Marine Tondelier, l'a bien compris.

Alors elle serre la vis. Plusieurs réunions se sont tenues ces dernières semaines pour rappeler la ligne officielle anti-nucléaire. Une lettre de cadrage vient même d'être rédigée.

"On doit gagner la bataille culturelle", reconnaît Marine Tondelier en privé. "On n’a pas assez transmis le combat", ajoute un de ses proches. Un plan de communication est même prêt sur le sujet. Mais pour l'instant, il reste dans les cartons, parce que la lutte contre la réforme des retraites a pris le dessus.

Les étudiants ingénieurs et Jean-Marc Jancovici dans le viseur

Et la nouvelle patronne d'EELV a identifié deux cibles pour (justement) tenter de gagner la bataille culturelle. D'abord, en ligne de mire, les étudiants d'écoles d'ingénieurs, très diplômés, très organisés pour tenter de faire changer le parti de position.

Ensuite, celui que certains surnomment le "gourou", alias Jean-Marc Jancovici. Cet expert énergie, universitaire écolo mais pro-nucléaire dont les interviews cartonnent, tout comme ses vidéos sur internet. Marine Tondelier insiste même pour débattre avec lui à la radio ou à la télé. Sans succès pour l'instant.

Mais elle pourrait avoir demain de nouvelles cibles. S'il n'y a que 11.000 adhérents dans son parti aujourd'hui, elle aimerait attirer 1 million de sympathisants demain. Et dans le lot, sans doute nombre de personnes favorables à l'énergie nucléaire.

Cyprien Pézeril (édité par J.A.)