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"Il va devoir faire un pas vers nous": l'opposition n'est pas convaincue par Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a fixé une sorte d'ultimatum aux chefs des partis de l'opposition. Mais ces derniers ne s'estiment pas en position de faiblesse et veulent plutôt inverser la tendance en forçant la majorité présidentielle à faire des compromis.

Emmanuel Macron a assuré qu'il voulait "bâtir des compromis" avec ses opposants ce mercredi dans une allocution télévisée. Il demande aux patrons de partis de "clarifier" leur positionnement d'ici son retour de Bruxelles vendredi.

Mais si le chef de l’Etat a laissé 48 heures aux oppositions pour réagir, il aura fallu attendre moins de deux minutes pour que Jean-Luc Mélenchon lui réponde. “Le choix n’est pas la ratatouille”, a-t-il répondu de manière très imagée. Une manière de dire qu'il ne faut pas mélanger soutiens et opposants au programme du président et que les députés de l'alliance de gauche n'ont pas été élus pour le défendre.

“Nous sommes pleinement et totalement responsables lorsqu’on prend la décision qui paraît conforme à l’engagement qu’on a pris devant ses électeurs. Il est donc absolument vain de dissoudre la réalité du vote en l’enfumant de considérations et d’appels de toute sorte qui n’ont pas de sens”, a-t-il appuyé.

Un propos appuyé mercredi soir par le député du Nord, Adrien Quatennens. “Ce soir, nous voyons Emmanuel Macron quasiment mettre au défi les différents groupes politiques qui composent l’Assemblée en leur disant ‘allez vous voter mes lois et nous vous avons à l'œil'. Mais monsieur Macron n’a pas compris que le quinquennat précédent est terminé et que donc le Parlement, chambre d’enregistrement, et d’un exécutif tout-puissant est révolu. Ce n’est pas au groupe politique d’être mis au défi de voir s’ils vont voter les lois d’Emmanuel Macron, mais c’est à Emmanuel Macron de nous dire si par exemple, la Nupes faisait une proposition de loi sur le pouvoir d’achat pour augmenter le Smic, il appellerait sa majorité toute relative à la voter ou s’il ferait de l’obstruction parlementaire. La tendance est inversée”, a-t-il affirmé sur BFMTV.

Le RN, avec ses 89 députés, se montre légèrement plus ouvert que la gauche. Louis Aliot ne dit pas non à un soutien très occasionnel.

“On n’est pas opposé sur tous les textes. Mais on est opposé à une immense majorité de ce qu’il a proposé pendant la présidentielle. Il va bien falloir qu’il fasse un pas vers son opposition sur différents textes et ce sera à nous ensuite de voir qu’elle est la réalité de cette bonne volonté”, annonce-t-il à RMC.

La droite, dernier espoir d'Emmanuel Macron?

Alors c'est sans doute sur sa droite, du côté des Républicains, que le chef de l'Etat espère trouver les voix qui lui manquent. Mais Nadine Morano prévient, pour les obtenir, il devra reprendre leur programme.

“Le groupe LR proposera un paquet législatif avec des textes qui sont déjà prêts pour changer la vie des Français. Il faut que le gouvernement accepte des compromis”, assure-t-elle.

Un appel du président qui ne convainc pas les partis donc, mais peut-être quelques députés ici et là, estime la politologue Anne-Charlène Bezzina. “Il y a une stratégie de désunion qui pourra se jouer au sein des groupes. Parce qu’il ne faut pas oublier que s’il lui manque 44 députés, il lui manque bien des individualités et non pas des groupes. Donc ces 44 députés pourront être choisis isolément, avec au cas par cas des tractations à mener”, imagine-t-elle.

Et pour les mener, le chef de l'Etat ne semble compter que sur lui-même. À aucun moment, dans son allocution, il n'a nommé sa Première ministre, Élisabeth Borne, pourtant cheffe de la majorité.

Cyprien Pézeril avec Guillaume Descours