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Parrainages: faut-il s'inquiéter pour Marine Le Pen, Eric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon?

Si les candidats à la présidentielle qui n'ont pas encore leurs 500 parrainages crient au scandale et se disent inquiets, la situation n'est pas vraiment différente des dernières élections présidentielles. Alors comment fonctionne vraiment le système des parrainages?

Le système des fameux 500 parrainages, nécessaires pour être candidat à la présidentielle, est-il à bout de souffle ? Plusieurs candidats ne les ont toujours pas et crient à l’injustice démocratique. Marine Le Pen parle de “situation terrifiante pour la démocratie” et dit n’avoir “jamais été aussi inquiète”. Elle a publié une vidéo lundi pour lancer un appel aux élus. Au dernier comptage, elle est à 366. Quasiment autant que Jean-Luc Mélenchon, qui était à 370.

Eric Zemmour, lui, n’a toujours pas dépassé les 300. Il a annulé son déplacement à la Réunion pour rester et décrocher lui-même son téléphone et solliciter les élus. Il dit n’avoir “aucune certitude”.

Tous les trois sont pourtant au-delà des 10% dans les sondages. On imagine le séisme si l'un d'eux était empêché de se présenter. Quand à Nathalie Arthaud ou Jean Lassalle, à 1% à peine dans les intentions de vote, ils ont eux déjà dépassé la barre des 500. Tout cela peut poser question.

Christine Taubira, elle, est très loin du compte, avec à peine 86 parrainages validés alors que son équipe avait engrangé 600 promesses de maires. Des promesses non tenues à ce stade.

Il leur reste 10 jours précisément, d’ici au 4 mars, 18 heures. Date butoir, avant laquelle tous les parrainages devront être parvenus au Conseil constitutionnel.

On parle toujours des maires, mais ils ne sont pas les seuls à pouvoir parrainer. Les maires sont bien les plus nombreux, mais il y a aussi les députés, sénateurs, les conseillers départementaux et régionaux, les élus des Assemblées de Corse et des collectivités d’Outre-mer, et même, partout dans le monde, les conseillers à l’Assemblée des Français de l’étranger. Chacun ne peut parrainer qu’un seul candidat, son choix est définitif. Et il faut aussi remplir deux conditions: les 500 parrainages doivent venir d’au moins 30 départements différents et ils ne doivent pas dépasser 50 par départements.

En tout, ils sont 42.000 élus à pouvoir signer un parrainage. Et à ce stade, le Conseil constitutionnel n’en a reçu et validé que 8.669. Ça veut dire qu’une écrasante majorité ne parraine personne. Selon les archives, seulement 34% en 2017, 36% en 2012. Un tiers environ des élus signent un parrainage, les autres ne répondent pas.

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Jamais un "gros" candidat a fini sans ses parrainages

Eric Zemmour dit que les élus ont peur. Pourquoi? Parce que depuis 2016, les parrainages ne sont plus anonymes. La liste détaillée est sur le site du Conseil constitutionnel, elle est mise à jour chaque semaine. Vous pouvez aller voir si votre maire ou votre député a parrainé tel ou tel candidat.

Le problème, c’est l’interprétation qui peut en être faite. Dans l’esprit de cette mesure, parrainer ne veut pas dire soutenir politiquement. Mais on peut comprendre que cela puisse être perçu comme ça, surtout pour les candidats les plus clivants. En clair, on vous reprochera moins de parrainer un candidat qui n’a aucune chance d’être élu, qu’un candidat qui divise.

D’où ce débat très français, qui revient à chaque élection sur ce système dévoyé, et à bout de souffle, qui ne remplit plus vraiment son rôle. Et les propositions qui émergent sur d’autres solutions, comme des parrainages citoyens par exemple.

On a quand même l’impression que c’est un classique de chaque campagne. Des candidats crient au scandale, prétendent ne pas avoir les signatures, sauf qu’à chaque fois, ils finissent par les avoir.

En effet, jamais aucun gros candidat n’a été empêché de se présenter. Tout se joue souvent dans les derniers jours. Par exemple en 2017, à la même époque, 10 jours avant la date limite, Jean-Luc Mélenchon était à peu près au même stade. Il en avait même un peu moins. Marine Le Pen n’y était pas non plus, mais était plus proche des 500. Ça avait été plus compliqué en 2012, et le même débat avait eu lieu. À l'époque, le candidat François Hollande s’était même dit favorable à changer les règles “le moment venu”. Le moment n’est donc jamais venu.

Rien n’a changé et aujourd’hui, pour montrer l’exemple civique, le patron de l’association des maires de France David Lisnard, maire LR de Cannes, a décidé de parrainer Jean-Luc Mélenchon, avec qui il n’est d’accord sur rien. François Bayrou, lui, a rassemblé 80 élus dans un collectif “Notre démocratie”, un groupe de parrains qui pourront offrir les dernières signatures aux candidats qui en manquent.

Ce qu’on peut se dire, c’est que de toute façon, le système finit par se réguler parce que tout cela n’est pas sans arrière-pensée politique. Quand on regarde les sondages, les camps Pécresse et Macron ont tout intérêt à ce que Le Pen et Zemmour soient tous les deux candidats et ils ont des élus qui peuvent signer.

Sébastien Krebs