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Taha Bouhafs, Clémentine Autain, Mathilde Panot: qui dit quoi sur l'affaire?

Ecarté de la course aux législatives, Taha Bouhafs assure que La France insoumise lui a demandé de retirer sa candidature en invoquant les attaques racistes dont il faisait l'objet. Avant que deux témoignages de violences sexuelles contre lui ne soient rendus publics. Du côté de LFI, on se défend de toute tentative de cacher les faits.

L'affaire Taha Bouhafs fait son retour sur la scène médiatique et vient fragiliser La France insoumise. Le journaliste, qui avait retiré sa candidature aux législatives dans le Rhône évoquant des attaques racistes, avait été rattrapé par des accusations de violences sexuelles, portées à la connaissance de La France insoumise par deux témoignages.

Mais ce mardi, Taha Bouhafs est sorti de son silence, deux mois après les révélations, s'en prenant notamment à Clémentine Autain, la députée de Seine-Saint-Denis. Cette dernière et Mathilde Panot, la présidente du groupe LFI à l'Assemblée, ont répondu et donné leur version.

Ce que dit Taha Bouhafs

Sur Twitter, le journaliste s'en est pris à La France insoumise, accusant le parti de ne jamais lui avoir permis de se défendre. Il a également accusé Clémentine Autain de l'avoir poussé à cacher la véritable raison de son retrait, ces accusations de violences sexuelles.

"Clémentine Autain m'a annoncé le 9 mai dernier que la décision avait été prise de me désinvestir. Elle m'apprend que le comité contre les violences sexistes et sexuelles du parti a reçu une accusation de violence sexuelle portée contre moi", écrit Taha Bouhafs, assurant que la députée aurait refusé de lui donner d'autres explications. Il ajoute aussi que c'est Clémentine Autain qui lui aurait conseillé de se retirer en invoquant les attaques racistes dont il était la cible. "J'appuierai cette version publiquement", aurait-elle assuré.

Face à un premier refus de Taha Bouhafs, Clémentine Autain l'aurait prévenu que La France insoumise communiquerait contre lui. Le journaliste annoncera finalement son retrait dans la foulée.

Mais deux jours plus tard, le 11 mai, les accusations sont rendues publiques. Dans un communiqué, La France insoumise assure avoir confronté Taha Bouhafs à ces accusations le 9 mai, ce qu'il nie. Aujourd'hui, il demande à être confronté réclamant une procédure "juste et équitable".

Ce que dit Clémentine Autain

Directement visée, la députée de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain a réagi elle aussi sur Twitter. Elle a démenti les propos retranscrits dans la lettre de Taha Bouhafs.

"Ce qu’il écrit est pris pour argent comptant par ceux-là même qui l’ont tant insulté, avec mépris et racisme. Sa parole a donc beaucoup plus de valeur que la mienne aux yeux de ceux qui, en même temps, me font des leçons de féminisme", assure-t-elle en préambule.

"La lettre de Taha Bouhafs déforme la réalité de notre échange, quand elle ne dit pas des choses factuellement fausses (...) Si la justice avait les moyens de faire son travail, si la société accompagnait sérieusement les victimes, nous n’en serions peut-être plus là, à chercher des voies forcément imparfaites pour combler les défaillances en chaîne", ajoute l'élue.

Mais dans un premier temps, elle avait défendu la version d'un retrait en raison d'attaques racistes, en ayant connaissance pourtant des accusations si l'on en croit la version de Taha Bouhafs. Le 15 mai 2022 sur le plateau de BFMTV, Clémentine Autain avait assuré qu'il n'y avait pas eu "de volonté politique" de la part de La France insoumise de cacher l'affaire.

Interrogée sur une volonté de dissimulation, elle avait assuré avoir réagi comme il le fallait. Clémentine Autain avait estimé que si elle avait partagé la première version d'un retrait pour cause d'attaques répétées, soufflée à Taha Bouhafs par LFI, c'est parce qu'elle n'avait pas "le droit" d'évoquer les vraies raisons.

"À partir du moment où des médias le rendent public, je peux en parler. Si les femmes ne veulent pas en parler, la cellulle des violences sexuelles et sexistes s'est donnée, pour mode de fonctionnement, la confidentialité", avait expliqué Clémentine Autain.

Ce que dit Mathilde Panot

La France insoumise et les pontes du parti se sont rangés derrière Clémentine Autain. "Personne ne peut croire que Clémentine Autain, une féministe impliquée et engagée, veuille maquiller des accusations de violences et agressions sexuelles", a assuré ce mercredi sur RMC et BFMTV Mathilde Panot, la présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale, qui était également présente le 9 mai dernier face à Taha Bouhafs.

"Par contre, nous avons fait un choix dès le début, de créer un comité des violences sexistes et sexuelles. Ce comité a un principe, c'est prendre en compte la parole des femmes quand il y a des accusations. Nous avons eu deux accusations contre Taha Bouhafs, nous lui avons dit de ne pas être candidat. À ce moment-là, les femmes ne demandaient pas à ce que se soit public mais juste que Taha Bouhafs ne soit pas candidat", a ajouté Mathilde Panot.

Elle assure qu'elle ne sait pas si Clémentine Autain a conseillé au journaliste de se retirer en invoquant les attaques racistes. Mathilde Panot assure aussi avoir dit à Taha Bouhafs ce qui lui était reproché mais explique ne pas lui avoir transmis les témoignages, pour ne pas qu'il reconnaisse les plaignantes.

De son côté, La France insoumise a réagi dans un communiqué publié ce mardi en expliquant comprendre la démarche de Taha Bouhafs mais ne pas se reconnaître dans cette version: "Nous ne nous reconnaissons pas dans sa version d’une partie des faits ayant conduit à son retrait de candidature pour les élections législatives mais nous entendons sa démarche et la prenons en compte".

G.D.