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Voile: "Un revirement radical d'Emmanuel Macron" selon l'association "Femme et libre"

Le président de la République Emmanuel Macron a félicité mardi une jeune femme portant le voile qui se disait féministe. Yael Mellul, présidente de l’association “Femme et libre”, y voit un revirement électoraliste.

Le débat autour du voile s'invite dans cette campagne d'entre-deux-tours. Qualifiée pour le second tour, Marine Le Pen a confirmé vouloir sanctionner par une amende le port du voile dans l'espace public. Elle remet cette question au centre du débat en revenant sur un échange qu'a eu son adversaire Emmanuel Macron à Strasbourg mardi soir.

Le président de la République avait croisé une jeune femme portant un voile qui lui demandait s'il était féministe, ce qu'Emmanuel Macron a confirmé. Il a ensuite retourné la question à la jeune femme qui, elle aussi, a répondu par l'affirmative.

"Je peux vous poser une question indiscrète ? Vous portez un voile par choix ou c’est imposé ?", avait ensuite lancé le chef de l'Etat. "Par choix, c’est par choix, c’est totalement par choix", lui avait alors répondu la jeune femme. "C’est beau. [...] Avoir une jeune fille qui porte le voile à Strasbourg qui demande: 'Est-ce que vous êtes féministe ?' C’est la meilleure réponse à toutes les bêtises que je peux entendre", dit Emmanuel Macron.

Un échange que Marine Le Pen a dénoncé mercredi. "Je me souviens d'avoir entendu Macron avoir des propos très durs sur le voile en disant que c'était contraire à notre laïcité", a expliqué la candidate du RN.

"On ne peut pas être féministe et voilée"

Yael Mellul, présidente de l’association “Femme et libre”, ancienne avocate au barreau de Paris, estime également, dans "Apolline Matin" ce jeudi sur RMC et RMC Story, que cette séquence est un "revirement total" du président de la République.

"Cette séquence est assez spectaculaire dans son signifiant. On a le candidat Macron qui vient nous dire comme une évidence que l'on peut être voilée et libre de l'être, et féministe. Or, pendant cinq ans il nous a dit l'inverse, en disant en 2018 que le voile était contraire à la laïcité. Les membres de son gouvernement disaient que le voile était anti-féministe par définition. On nous vendu ça pendant cinq ans. Au point où un ministère a été créé presque que pour ça."
Pour elle, "on ne peut pas être féministe et voilée", mais il ne faut pas non plus "généraliser". Elle se sent tout de même "trahie" par Emmanuel Macron:

"Je ne suis pas la seule à avoir été trahie, nous sommes nombreux. Il nous place en dissonance cognitive, on est mélangé entre émotion et raison. On a envie de le croire mais on ne peut pas oublier ce qui a été dit et fait pendant cinq ans. On est dans un revirement radical."

"Il reprend à son compte la posture assumée pleinement par Mélenchon"

Yael Mellul estime que cette sortie a été faite pour séduire l'électorat de Jean-Luc Mélenchon. A la question de savoir si elle estime que le président fait de "l'islamogauchisme", elle répond par l'affirmative: "Clairement. Il reprend à son compte les éléments de langage, la posture, le positionnement assumé pleinement par Mélenchon".

L'avocate estime toutefois qu'elle "ne voit pas comment une mesure d'interdiction du voile pourrait être appliquée", comme le propose Marine Le Pen.

J.A.