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Régionales: Daniel, éleveur en cessation d'activité, explique son "vote contestataire"

VOUS VOULEZ QUE ÇA BOUGE? - Jusqu'au 13 décembre, date du second tour des régionales, notre reporter Marie Régnier parcourt la France à la rencontre des électeurs. Ce mercredi, elle a rencontré Daniel à Saint-Just, en Ille-et-Vilaine. Etranglé financièrement, cet éleveur depuis 25 ans a dû vendre toutes ses vaches pour devenir céréalier.

Après une ville de banlieue parisienne dont les habitants se sentent relégués, des villages ruraux qui se vident et se sentent oubliés, ou des villes comme Nice où des Français aisés se disent déçus par les politiques, RMC poursuit son tour de France jusqu'au second tour des élections régionales, ce dimanche 13 décembre.

Ce mercredi, c'est à Saint-Just, en Ille-et-Vilaine, que RMC a rencontré Daniel, un amoureux des vaches. Il en élève depuis 25 ans: d'abord des vaches laitières, puis des vaches à viande. C'est sur son exploitation qu'il reçoit RMC, mais il n'y a plus une bête à l'horizon. Daniel n'arrivait plus à s'en sortir, alors il y a un mois, il a vendu toutes ses vaches, pour devenir céréalier.

"C'est vrai que ça fait drôle de voir des bâtiments sans vie", explique-t-il à RMC devant son étable désespérément vide. "Le plus dur, dans une cessation d'activité, c'est de monter ses bêtes pour l'abattoir", poursuit-il, la voix étranglée par l'émotion. "C'est comme ça, on ne peut pas faire autrement".

Quand "l'élevage devient un dégoût"

Etranglé financièrement, Daniel revient sur ces années difficiles, qu'il espère désormais derrière lui.

"C'était une passion, mais vous savez, on arrive à un dégoût assez rapidement quand on n'arrive plus à tirer de revenu", reprend-il. "Quand on ne sait plus ce que le lendemain va être. L'élevage devient un dégoût".

Face à ses champs semés de blé, qu'il pourra récolter en juillet 2016, Daniel ne cache pas son amertume.

"On peut avoir de l'amour une vache, il n'y aura pas de l'amour pour un brin de blé", dit-il.

"Se pendre au bout d'une corde"

Selon un rapport de l'Observatoire national du suicide, les éleveurs bovins restent la catégorie socioprofessionnelle la plus menacée. Daniel s'est-il senti aidé par les politiques, face à la grande distribution?

"Aujourd'hui, ils commencent à nous défendre", reconnaît-il. "Mais il est tard, il est très tard. Pour moi, il est trop tard". 

Alors son ressentiment, c'est dans les urnes que Daniel l'a exprimé dimanche, au premier tour des élections régionales.

"Je vais sans doute revoter [au second tour], mais je vous le dis tout de suite, c'est un vote contestataire - totalement contestataire", confie-t-il à RMC. "On diabolise le FN, mais on ne veut surtout pas perdre sa place. On ne vient nous voir que quand on a besoin et qu'on a peur de perdre sa place. Il y aura combien de personnes à se reconvertir exactement comme moi je l'ai fait? Ca ce n'est pas grave. Mais combien de personnes sont allées dans leur grange se pendre au bout d'une corde? Ca c'est grave! C'est très très grave!"
C. P. avec Marie Régnier