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Après la sécheresse et les incendies, faut-il repousser l'ouverture de la chasse en France?

L’ouverture de la saison de chasse approche en France, et une question se pose après un été tristement exceptionnel à cause de la sécheresse et des incendies : faut-il repousser la date du lancement de cette saison pour laisser du répit aux animaux?

Sécheresse, incendies, inondations… L’été aura été rude pour la faune et la flore françaises. Et à l’approche de l’ouverture de la saison de chasse 2022/2023, des voix s’élèvent pour demander le report du feu vert donné aux chasseurs pour reprendre la traque de leurs proies.

“La faune a besoin d’eau, pas de fusil”. Par ce slogan, plusieurs associations de défense des animaux de l’Hexagone ont souhaité interpeller les autorités et les chasseurs sur le besoin de laisser du répit aux animaux. Dans une pétition diffusée qui a déjà obtenu près de 50 000 signatures, un centre de sauvegarde de la faune sauvage appelle d’ailleurs à la mise en place d’un « moratoire immédiat sur la chasse ».

"Nous ne pouvons pas cautionner cette attitude de déni qui consiste à considérer la Nature comme le rayon viande d’une grande surface"

Cette démarche est soutenue par certains acteurs du monde politique et médiatique. C’est par exemple le cas de Julien Bayou, député et secrétaire général d’Europe Ecologie Les Verts, ou encore de Brigitte Bardot qui, fin juillet, demandait le report de la saison de chasse dans une lettre ouverte au ministre de l’Ecologie Christophe Béchu.

S’il reste difficile de chiffrer aujourd’hui le nombre d’animaux qui sont morts dans les flammes cet été, à court et moyen terme de nombreuses espèces pourraient être menacées d’extinction.

Ces incendies ont aussi accentué l’effet mortel de la sécheresse sur la faune. Les animaux sauvages ont vu leur habitat naturel être bouleversé. Lorsque ces animaux sauvages se retrouvent confrontés à des chaleurs extrêmes, leur organisme génère du stress. Ils mettent alors leurs fonctions immunitaires en veille, deviennent plus vulnérables et ont des difficultés pour se nourrir et surtout pour s’hydrater.

Le rôle essentiel des chasseurs

En France, les chasseurs tuent en moyenne 22 millions d’animaux par an, d’après les chiffres de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Alors que la saison de chasse s’ouvre entre fin août et fin septembre selon les départements, les chasseurs vont avoir un rôle à jouer pour préserver certaines espèces.

À La Teste-de-Buche (Gironde), les chasseurs ont pris la décision de geler la chasse aux chevreuils jusqu’en 2023 alors qu’environ 30 à 40% de la population a été décimée par les incendies.

La semaine dernière, toujours en Gironde, la Société de Chasse de Landiras a apporté de l’eau et plus de 500kg de nourriture en lisière de forêt pour que les animaux puissent boire et manger.

En Charente, des chasseurs se relaient depuis le mois d’avril pour alimenter en eau les mares de plusieurs forêts dont les niveaux baissent constamment. Une initiative citoyenne que ces chasseurs renouvellent chaque année depuis 5 ans lorsque les points d’eau sont asséchés.

En 2022, près de 20 000 litres d’eau ont déjà été reversés dans les mares de ces forêts. À cause de cette sécheresse, les agriculteurs font également appel aux chasseurs pour protéger leur culture des sangliers qui s'attaquent aux épis de maïs et aux vignes pour se nourrir.

"Du cas par cas" pour un chasseur de Haute-Garonne

Et si 80% de nos internautes pensent qu’il faut repousser l’ouverture de la chasse pour laisser du répit aux animaux, Gilles, un auditeur de la Matinale Week-end et chasseur habitant en Haute-Garonne, estime que “ça ne sert à rien de repousser la chasse, de manière générale”.

Selon lui, les chasseurs “savent ce qu’ils font sur leur territoire. C’est nous qui donnons à boire au gibier, (...) partout en France les chasseurs s’occupent de leur territoire et de leur gibier”.

À ses yeux, il serait d’ailleurs dangereux de reporter l’ouverture de la chasse, notamment à cause des dégâts causés par les sangliers. “Ils pullulent, il y en a partout, on le voit aux informations ils rentrent dans les vignes et mangent le raisin, à quinze jours des vendanges”, explique le chasseur.

Toutefois, là où il y a eu les incendies “on peut se poser la question (...). Pour les cervidés, les chevreuils, c’est du cas par cas. Décaler oui, mais pas partout en France. Là où il y a eu des incendies oui, c’est logique”.

A.L.