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Canicule: les drames qui ont provoqué la création des alertes de Météo France

Dans "Apolline Matin" ce vendredi sur RMC et RMC Story, Nicolas Poincaré revient sur les origines des alertes météo en France. Il faut remonter à une vingtaine d’années, après des évènements dramatiques.

Météo France a placé 12 départements en vigilance rouge canicule. C’est la quatrième fois seulement que cela se produit, parce que les "vigilances" de Météo France n’existent que depuis une vingtaine d'années. Elles ont été mises en place après des épisodes où on avait justement franchement manqué de vigilance.

A Noël 1999, deux tempêtes extrêmement violentes traversent la France à deux jours d’écart. Elles font une centaine de morts et 2.000 blessés. On n'avait rien vu venir, rien anticipé, pas donné l’alerte. Et c’est donc aussitôt après que l’on invente les niveaux d’alerte météo, vert, orange, rouge. Alerte tempête, alerte neige, alerte vague submersion, qui sont régulièrement déclenchées.

Les alertes canicules, elles, datent de 2004. Elles ont été imaginées après la canicule de 2003, autre épisode qui n’avait pas du tout été anticipé et qui a été extraordinairement mal géré…

On est le 4 août 2003 quand ça commence. Il fait 35 degrés sur les deux tiers de la France. Et les températures montent, y compris dans les régions qui ne sont pas habituées à la chaleur. Le 6 août, il fait 40 en Bretagne…

La chaleur s'installe, les services d'urgences commencent à être saturés, puis très vite ce sont les morgues qui n’arrivent plus à faire face… Des médecins urgentistes donnent l’alerte mais ils ne sont pas entendus. Le gouvernement ne réagit pas. Les médias ne prennent pas non plus la mesure du drame. En fait, tout le monde est en vacances…

Le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin attendra dix jours avant de rentrer à Paris, son ministre de la Santé Jean-François Mattei donne une interview catastrophique au 20h de TF1. En polo depuis sa maison de campagne, il donne l’impression de prendre l’affaire à la légère. Jacques Chirac, le président, reste en vacances au Québec comme si de rien n’était.

Et finalement, on comptera 19.000 morts, essentiellement des personnes âgées. La France est abasourdie. Elle découvre les dangers des grandes chaleurs, mais surtout la solitude des plus vieux et la perte du lien social dans les grandes villes. Pour ne plus être pris de court, on invente donc les vigilances canicules.

Aucune vigilance rouge canicule pendant 15 ans, puis quatre depuis 2019

Depuis, la vigilance rouge a très peu été déclenchée. Et même jamais déclenché pendant 15 ans. Entre 2004 et 2019, jamais les températures n’ont été considérées nécessitant une "vigilance absolue". C’est le critère pour le déclenchement de l’alerte rouge. Une vigilance absolue parce que des phénomènes dangereux d’intensité exceptionnelle sont prévus.

Cela ne s’est pas produit pendant des années mais depuis trois ans, tout a changé. Trois alertes jusqu'à celle de ce jeudi. Deux en 2019, une en 2020. Le 27 juin 2019, alerte rouge dans quatre départements du sud. Et le lendemain à Vérargues, dans l'Hérault, le record absolu de chaleur en France est battu avec 46°C. Deux degrés de plus que le précédent record qui datait de 2003.

Moins d’un mois plus tard, le 24 juillet 2019, rebelote, vigilance rouge cette fois dans 20 départements du nord de la France. On dépasse les 40 degrés à Lille, Dunkerque, Amiens, et le record est battu à Paris avec 42,6°C. Un an plus tard, le 8 août 2020, troisième alerte rouge pour 15 départements du nord, de nouveau. La canicule dure cinq jours et cause la mort de 1.029 personnes.

Qu’est-ce qu'implique cette alerte rouge canicule ? Elle permet aux préfets des 12 départements concernés ce vendredi de prendre toutes les mesures nécessaires. Par exemple, interdire des événements en extérieur, des spectacles ou des manifestations sportives. La préfecture de la Gironde l'a déjà annoncé. Les préfectures doivent aussi activer des centres opérationnels pour coordonner les différents services de secours. Si nécessaire, le plan blanc peut être déclenché dans les hôpitaux, le plan bleu dans les Ehpad et cela permet la réquisition de personnel.

C’est aussi en raison de l’alerte rouge que l’Education nationale a décidé que l’école n'était pas obligatoire ce vendredi dans ces 12 départements. Et puis la vigilance rouge, c’est surtout un appel lancé pour que tout le monde suive les conseils de base. S’hydrater, rester au frais, prendre des nouvelles de ses proches, avoir conscience que la chaleur peut tuer. Tout ce que l’on n’avait pas fait en 2003…

Nicolas Poincaré