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S'il y a des cirques avec animaux, c'est parce qu'il y a des spectateurs pour aller les voir

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La mort d'un tigre, abattu en plein Paris vendredi par le directeur du cirque duquel l'animal s'était échappé, relance le débat sur les spectacles d'animaux dans ces spectacles, que certains aimeraient voir interdits. Le cirque Phénix, lui, a choisi de stopper les numéros avec animaux dès 2002. Mais estime que c'est au public de choisir, comme l'a expliqué son directeur à RMC.fr.

Alain Pacherie est le directeur du cirque Phénix, qui n'a plus de spectacles d'animaux depuis 2002.

"Auparavant, nous avions des numéros avec des ours, des tigres... A part les éléphants, j'ai eu tous les animaux sauvages qui se produisent habituellement dans les cirques. Il y avait des contraintes effectivement: contraintes vétérinaires, dimensions des cages… Mais c'est tout à fait normal quand on a des animaux. Mais ce n'est pas cela qui m'a motivé. A l'époque il n'y avait pas ce débat autour des animaux dans le cirque.

C'est en 2002 que nous avons pris la décision d'arrêter les numéros avec animaux. A ce moment-là, nous voulions faire un spectacle différent de ce qui se faisait partout, aller dans un domaine artistique différent. Je considérais que faire le même style de spectacle que ce qui existait déjà, cela n'avait pas de sens. C'était une façon de se démarquer.

"Au début on a perdu des spectateurs"

Au début nous avons perdu des spectateurs, parce que c'est ancré dans la tête des gens que le cirque se doit d'avoir des numéros avec des animaux. C'est d'ailleurs toujours ancré dans les mémoires, alors que nous allons fêter les 250 ans du cirque en 2018. Mais au final on a gagné un nouveau public.

Est-ce qu'on va vers un cirque sans animaux? Il y a 13 pays européens qui ont interdit les numéros avec animaux, 47 dans le monde... C'est sûr que le débat est sur la place publique. Pour ma part je déplore la manière dont est posé le débat. Il faut repenser ensemble et sereinement la question sans se lancer dans des oppositions partisanes. Il ne faut pas être aussi radical et interdire du jour au lendemain les animaux dans les cirques.

"Qu'est-ce qu'on fait de toutes ces bêtes?"

Il y a 250 cirques en France. Qu'est-ce qu'on fait de toutes ces bêtes? Que fait-on des emplois qui sont derrière, comme les dresseurs? Il y a des cirques qui vivent parce qu'ils ont des animaux. Le débat est trop passionné. Il faudrait voir ce qu'il est possible de faire pour certains animaux, et pas pour d'autres.

S'il y a des cirques avec animaux, c'est parce qu'il y a des spectateurs pour aller les voir. Incriminer les seuls cirques me paraît un peu injuste. Il y a un public qui vient chez moi parce qu'il n'y a pas d'animaux, et d'autres qui vont chez mon voisin Pinder parce qu'il y en a, justement. C'est le public qui doit faire le choix.

Mais on s'aperçoit que les mentalités changent, et notamment cellex des enfants. En France, il y a 800 écoles de cirques amateurs pour les enfants, où on leur apprend la jonglerie, l'équilibre… ils n'en feront pas leur métier, c'est pour le loisir, mais ça leur montre une autre forme de cirque. Et puis, au cirque Phénix, nous avons énormément d'enfants qui viennent nous voir alors que nous n'avons pas d'animaux."

Au cirque Phénix, les animaux sont en marionnettes.
Au cirque Phénix, les animaux sont en marionnettes. © AFP
Propos recueillis par Philippe Gril