RMC

Situation explosive à Sivens: "Tout ce qui se passe est irrationnel"

Le Conseil général du Tarn doit se prononcer ce vendredi sur deux alternatives au projet de barrage de Sivens, interrompu après la mort de Rémi Fraisse en octobre dernier. Une décision très attendue alors que sur place la tension est vive entre pro et anti-barrage. Reportage.

Jour J pour l’avenir du site de Sivens ! Le Conseil général du Tarn doit se prononcer ce vendredi sur deux alternatives au projet de barrage de Sivens, interrompu après la mort de Rémi Fraisse en octobre dernier. En attente de cette décision, depuis lundi, la FNSEA et ses fédérations départementales ont installé près de la ZAD un campement et assurent un blocus, empêchant le ravitaillement des zadistes, afin de protester contre l'occupation du site qui perdure malgré les ordonnances d'expulsion prononcées en février. Un blocus qui génère de très vives tensions entre pro et anti-barrages.

"J'ai été menacé"

Une tension à ce point palpable au sein de la ZAD que plusieurs jeunes ont confié à RMC s'attendre à être prochainement expulsés. Un climat délétère loin d'être du goût de Christian Conrad, opposant au barrage, leader du collectif du Testet: "Je trouve que tout ce qui se passe est irrationnel. J'ai été menacé, les pro-barrages ont mis ma photo sur leur site…" Les zadistes et les agriculteurs sont à ce point à cran que depuis plusieurs jours 300 gendarmes mobiles sont déployés sur le terrain.

Le site de Sivens est donc désormais une véritable forteresse. Et pour y pénétrer, il faut montrer patte blanche. Pour preuve, Pierre Lacoste, seul paysan opposé à la construction du barrage, se dit pris en "otage" dans sa ferme située juste à côté du site. "Cela fait depuis lundi qu'on est bloqué chez nous sans pouvoir sortir à cause des barricades dressées sur les routes par les pro-barrages", confie-t-il. Et d'ajouter: "On ne peut pas passer au risque de se faire casser les voitures, voire pire, qu'ils s'en prennent directement à nous… Les mecs sont fous !" Il se dit donc dépité: "On commence à en avoir vraiment marre".

"Un peu le couteau sous la gorge"

Ce jeudi, Xavier Beulin, président de la FNSEA, a appelé ses troupes au calme et à la responsabilité. Une prise de parole qui ne satisfait pas Laurent Viguier, secrétaire général de la FDSEA du Tarn. "Je n'ai pas d'ordres à recevoir de mon président sur ce dossier-là, réplique-t-il dans Bourdin Direct. S'il avait voulu mouiller la chemise, il avait qu'à la mouiller avant. On a géré le dossier, on l'a toujours gardé ouvert et ça serait bien qu'il nous laisse finir de le gérer et de l'amener au bout".

Mais l'expulsion des Zadistes semble imminente. Ainsi, ce jeudi, Manuel Valls a estimé que "l'ordre républicain doit s'imposer" à Sivens pour "garantir un débat démocratique serein" et qu'"il faudra très vite évacuer les lieux". Mais à ce sujet, les anti-barrages ne sont pas prêts à donner raison au Premier ministre, et ce quelle que soit la décision prise par le Conseil général du Tarn. C'est en tout cas ce qu'explique Camille (prénom d'emprunt) à RMC: "A Manuel Valls j'ai envie de lui dire 'Viens t'asseoir au milieu de nous et attends ton tour de parole'. En attendant, je ne dis pas qu'on est prêt à partir même si on a l'impression d'avoir un peu le couteau sous la gorge".

M.Ricard avec G.Chièze et J-W Forquès