RMC

Burkini dans les piscines de Grenoble: "On cède à l'islam politique" d'après Zohra Bitan

Le conseil municipal de Grenoble doit trancher ce lundi sur l'ouverture ou non des piscines de la ville au port du burkini. Un débat qui enflamme la région alors que le préfet et le président de la région Laurent Wauquiez menacent la municipalité d'Eric Piolle de représailles.

Le conseil municipal de Grenoble (Isère) se réunit ce lundi après-midi pour modifier le règlement des piscines et pourrait ainsi autoriser le burkini, ainsi que la baignade seins nus pour les femmes. Si elle est votée, la modification de règlement entrerait en vigueur "dès le 1er juin", pour l'ouverture estivale des piscines découvertes.

"Je ne souhaite pas particulièrement autoriser le burkini. Je souhaite enlever tous les interdits qui pèsent aujourd’hui sur les tenues vestimentaires des femmes", expliquait ce lundi matin sur RMC Eric Piolle, le maire EELV de la ville.

"Je souhaite qu’elles puissent aller à la piscine les seins nus, comme les hommes, que tout le monde puisse porter des maillots couvrants pour se protéger du soleil. Je souhaite que les femmes et les hommes puissent exprimer leurs opinions politiques et religieuses à la piscine, comme dans la rue, comme le dit la loi de 1905", a poursuivi l'élu.

"C'est une escroquerie"

Une position qui ne fait pas l'unanimité, même dans son propre camp. Et le débat, comme souvent concernant le burkini, a pris une dimension nationale. "Il n'y a pas d'unité dans la majorité", concède-t-il, alors que selon Le Parisien, 13 élus de la coalition EELV s’apprêtent à voter contre.

"C'est une escroquerie", estime Zohra Bitan, sur le plateau des "Grandes Gueules" ce lundi sur RMC et RMC Story. "Dans la religion musulmane, une femme ne va pas se baigner au milieu d'hommes. Cela montre que cette revendication est à la fois politique et identitaire. (Eric) Piolle parle de progrès social, mais un recul qui inscrit la pudeur et l'impudeur, ce serait des progrès... On est en train de céder à l'islam politique", assure-t-elle. "C'est du paternalisme, il essaye de s'acheter un électorat à moindre frais", ajoute Zohra Bitan.

"Un coup de com électoral"

"C'est plus de la récupération politique que de l'idéologie", juge de son côté l'avocate Sarah Saldmann: "Je suis contre, dans la mesure où ce n'est pas le principe de laïcité mais par rapport à l'ordre public, cela peut créer un trouble et un clivage encore plus important. Il faut rester unis, et je ne suis même pas sûre que les femmes concernées viennent plus à la piscine".

A Rennes, en Ille-et-Vilaine, une telle décision a été prise, sans que la fréquentation des piscines n'augmente et que des baigneuses en burkini n'investissent les piscines de la ville. "C'est un coup de com électoral, en fait il n'en a rien faire", conclut Sarah Saldmann.

"Ce qui me gêne, c'est l'instrumentalisation, (Eric) Piolle s'inscrit dans une filiation malsaine, il n'y a même pas de demande de la part des femmes", juge David Dickens. "Cela me gêne aussi parce que cela place cette question dans un contexte énervé qui ne sert absolument pas ni les gens pour et les gens contre. C'est assez abject la façon dont Eric Piolle met ça sur le tapis aujourd'hui".

Le président de la région et le préfet prêts à monter au créneau

Les débats s’annoncent tendus et pas moins de trois manifestations sont prévues devant les locaux de la Métropole, qui accueillera le conseil municipal : l’une à l’appel de l’ancien maire de la ville Alain Carignon, l’autre du syndicat étudiant de droite UNI, et la troisième au nom d’une association des femmes élues de l’Isère.

De son côté, le préfet de l'Isère se dit prêt à contester l'autorisation du burkini. La préfecture de l'Isère a annoncé dimanche soir que le préfet demanderait au tribunal administratif d'annuler l'autorisation du burkini à la piscine si le conseil municipal de Grenoble modifiait en ce sens la réglementation des piscines.

Laurent Wauquiez, président (LR) de la région Auvergne-Rhône-Alpes, accuse Eric Piolle de "soumission à l’islamisme" et menace de couper toute subvention à la ville si la mesure passe.

G.D.