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Construction d'un mur "anti-intrusions" à Calais: "On est là pour travailler, pas pour risquer notre vie"

REPORTAGE - La construction d'un mur "anti-intrusions" a commencé mardi pour protéger les accès au port de Calais des assauts répétés de migrants. Il faut dire que, comme a pu le constater RMC, pour les chauffeurs routiers qui travaillent sur la liaison Calais\/Angleterre, les conditions de travail continuent de se dégrader. Ils n'en finissent pas de subir les assauts des migrants qui veulent franchir la Manche.

Un mur végétalisé pour retenir les migrants à Calais. A quelques centaines de mètres du camp de la lande, où vivent 6.900 migrants selon les autorités - 10.000 selon deux associations -, le béton a commencé d'être coulé, sur 50 mètres de long et un de profondeur, à deux mètres de la rocade portuaire, derrière la barrière de sécurité. Au final, le mur fera un kilomètre de long, pour 4 mètres de haut. Pour autant, la problématique migratoire est loin d'être réglée.

"J'ai vu son corps sortir de la remorque"

Depuis le mois d'avril, les passeurs installent toutes les nuits de barrages de troncs d'arbre sur les routes qui mènent au port et à l'embarquement Eurotunnel, créant des embouteillages à la faveur desquels les migrants se faufilent dans les camions. Et pour les chauffeurs routiers qui travaillent sur la liaison Calais/Angleterre, les conditions de travail continuent donc de se dégrader. Ils subissent les assauts des migrants qui veulent franchir la Manche.

Avant chaque trajet, c'est toujours la même angoisse pour Julien, chauffeur-routier: un migrant a-t-il réussi à s'introduire dans son camion? Il y a trois semaines, c'était le cas: un migrant s'est faufilé sur le toit de son véhicule. "J'ai entendu un gros boom, se souvient-il. J'ai vu son corps complètement sortir de la remorque. Il s'est énervé et a coupé la bâche sur le côté et a tapé dans la cabine. J'ai cru que le carreau allait exploser". Et d'ajouter: "On a tout le temps peur pour nous, pour notre sécurité. On est là pour travailler, pas pour risquer notre vie".

"Des problèmes quasiment tous les jours"

Désespéré, il confie encore: "On ne sait plus comment faire…" Avec sa pédale d'accélérateur comme seul défense, Julien est à l'affût des barrages de troncs d'arbres dresser par les passeurs sur l'autoroute. Une première fausse alerte, mais une demi-heure de route après, trois hommes cagoulés parviennent à bloquer la circulation. "Il y a des problèmes quasiment tous les jours, déplore ce chauffeur-routier. Le jour où j'ai une bonne occasion, je pense arrêter de faire les trajets vers l'Angleterre ou même de rouler". Julien n'est pas le seul à exprimer son ras-le-bol. Depuis le début de l'année, deux de ses collègues ont démissionné et refusent désormais les trajets vers l'Angleterre.

Jérémie, 42 ans, le confirme: malgré les contrôles, des migrants continuent d'arriver jusqu'en Angleterre en se cachant dans les camions. Il l'a expérimenté le mois dernier. "Je suis parti de chez moi de bonne heure. J'avais contrôlé ma remorque et le dessus des bobines: il n'y avait personne. Je suis arrivé devant le tunnel, j'ai passé les contrôles sans souci. Arrivé en Angleterre, j'ai vu qu'il y avait un grand coup de cutter d'un mètre sur un mètre sur ma bâche: un clandestin sortait de mon camion. Comment est-il monté? On ne le saura pas…"

Pour Gilles Debove, secrétaire général Unité-SGP-FO à Calais, ce mur n'est qu'un pansement sur une jambe de bois:

Alain Noyelle est responsable d'exploitation Grande Bretagne chez Transports Deroo. Il témoigne du désarroi des chauffeurs et de la violences dont ils sont victimes

M.R avec A. Rosique et B. Ballet