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Coup de gueule des associations: "C'est tellement plus facile de dire qu'il y a des profiteurs"

Excédées d'entendre certains responsables politiques relayer des idées reçues sur les pauvres, une cinquantaine d'associations de lutte contre la précarité se lancent en campagne, jusqu'à l'élection présidentielle, pour démonter les préjugés qu'ils entendent. Car "il y a un million de pauvres en plus qu'il y a dix ans", rappelle ce jeudi sur RMC Christophe Robert, délégué général de la fondation Abbé Pierre.

"Les chômeurs ne veulent pas travailler", "les pauvres sont des fraudeurs": excédées d'entendre certaines idées reçues relayées par des responsables politiques, une cinquantaine d'associations luttant contre la précarité lancent une campagne, jusqu'à l'élection présidentielle, pour démonter ces préjugés. Deux collectifs regroupant 51 associations (ATD quart monde, Croix Rouge française, Emmaüs, la fondation Abbé Pierre, etc) venant en aide à quelques millions de personnes, se sont unis pour lancer une "autre campagne" et opposer aux stéréotypes entendus la réalité qu'ils observent sur le terrain.

Car, premier constat: la pauvreté en France progresse. "Il y a un million de pauvres en plus qu'il y a dix ans, dénonce ce jeudi sur RMC Christophe Robert, délégué général de la fondation Abbé Pierre. Il y a 50% de sans-domicile en plus entre 2001 et 2012". "On ne peut pas dire que rien a été fait, admet-il. Il se passe plein de choses. Il y a un plan quinquennal de lutte contre la pauvreté qui fait augmenter les minimas sociaux. Le budget d'hébergement augmente chaque année tout comme le nombre de places. Mais, manifestement, ça ne suffit pas".

"Les expulsions locatives ont augmenté de 24%"

"La réalité est qu'aujourd'hui il y a plein de gens qui sont en galère, qui n'arrivent pas à payer leur loyer, poursuit-il. Un chiffre: l'année dernière, les expulsions locatives ont augmenté de 24%. On ne dit pas que rien a été fait mais ce n'est pas à la hauteur du problème". Selon lui, "ce coup de gueule se veut constructif. C'est de dire: 'Est-ce qu'on va enfin parler de la pauvreté, de la lutte contre les inégalités dans cette campagne présidentielle?'".

Mais surtout cela va permettre "de ne pas laisser dire n'importe quoi. Parce que quand on est en échec, quand on n'y arrive pas, la tentation est soit de contourner le sujet, soit de chercher des responsables. C'est tellement plus facile de dire qu'il y a des profiteurs, de l'assistanat, d'opposer les populations fragiles entre elles. C'est ça que nous dénonçons avec cette 'autre campagne'. Car que des responsables politiques utilisent ce genre de propos pour contourner la nécessité de faire est un problème".

"Combler le fossé entre certains responsables politiques et la vraie vie"

Dès lors, qu'attendent ces associations des politiques dans le cadre de la campagne présidentielle? "Notre rêve serait de voir un débat démocratique sur 'Comment on va sortir de la pauvreté, du mal-logement, lutter contre les inégalités' en cinq ou dix ans, souligne Christophe Robert. Et surtout, que nos responsables politiques n'utilisent pas ce contournement de la réalité ou cette fausse vérité vis-à-vis de la pauvreté et de l'exclusion".

"Quand tous les jours, on voit des gens qui se démènent. Quand tous les jours, on voit des gens qui se bougent. Quand tous les jours, on voit des gens qui ont envie de s'en sortir. Et quand on entend ce brouhaha médiatique qui laisserait entendre qu'ils profiteraient de 'je-ne-sais-quoi', à un moment c'est trop dur, ne décolère-t-il pas. Cette déconnection, ce fossé qu'il peut y avoir avec certains responsables politiques et la vraie vie, on a envie de le combler."

Maxime Ricard avec Jean-Jacques Bourdin