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Des pompiers assignés en justice à cause de leurs banderoles: "Une étape vers la fin du droit de grève"

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Ils n'ont pas le droit de se mettre en grève, et vont peut-être devoir retirer les banderoles de contestation accolées à leurs camions. Sept syndicats de pompiers du Nord ont été assignés en justice par leur direction pour qu'ils mettent fin à ce mouvement de colère. "Une première en France", que dénonce sur RMC.fr Bruno Cappoen, secrétaire général FO des pompiers du Nord.

Bruno Cappoen, secrétaire générale FO des pompiers du Nord.

"On savait que nos banderoles et nos calicots ne plaisaient pas à la direction, que ça les fâchait. Mais nous envoyer en justice, c'est une première! C'est une nouvelle étape vers la fin du droit de grève: pour se faire entendre les gendarmes passent par leurs épouses qui manifestent à leur place, dans la police ils sont obligés d'aller dans la rue manifester en dehors de tout cadre syndical…

Depuis 2007, tous les jours, nous nous mettons en grève, et tous les jours il y a un ordre de maintien de service qui nous oblige à être en effectif minimum prévu dans les casernes. On va en intervention, l'effectif est le même que d'habitude. Ces inscriptions, c'est notre dernier et seul droit de manifester notre mécontentement au public. Les gens voient nos camions tous les jours, on touche l'opinion publique, et les gens interpellent leurs élus à ce sujet. Puis ces élus interpellent le président du département, et ça ne lui plaît pas.

Nous avons un manque flagrant d'effectif depuis quelques années, et on n'en peut plus de faire des efforts. Il nous manque 250 pompiers. Nous avons eu 180 départs en retraites ces dernières années, sans compensation. La direction nous annonce des embauches de 180 personnes ces trois prochaines années en prévision des autres départs en retraites, mais ça ne compensera pas ceux qui sont déjà partis.

"Un manque flagrant d'effectif"

La conséquence pour nous, c'est qu'il manque des effectifs pour chaque intervention. Au lieu d'avoir un personnel dans chaque engin, nous avons un personnel pour trois engins. A chaque fois qu'il y a un départ, il faut partir, il n'y a plus de roulements. Il y a des compensations avec les casernes alentour, mais cela ralentit la rapidité d'intervention. On promet aux habitants du département une intervention en un quart d'heure. Mais cette cadence n'est plus possible à respecter, et on va vers des interventions qui prennent parfois une demi-heure. C'est ça qui est dangereux pour la population. C'est aussi dangereux pour nous, puisque par exemple, le pompier dévolu à l'alimentation en eau lors des incendies est parfois déjà parti sur une autre intervention, et il n'y donc personne pour surveiller l'alimentation en eau des hommes en intervention.

On attend la décision de justice le 12 décembre. Cette décision fera jurisprudence pour tous les Sdis (service départemental d'incendie et de secours). Si demain le juge nous interdit de coller des inscriptions, cela serait interdit pour toute la France. Mais dans le cas contraire, la justice autorisera tous les pompiers de France à mettre des inscriptions."

Propos recueillis par Philippe Gril