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Désertification: un député LREM veut "repeupler les centres-villes, devenus des mouroirs"

Un quartier du Vieux-Lille

Un quartier du Vieux-Lille - PHILIPPE HUGUEN / AFP

De pire en pire, la désertification des centres-villes. Un étalement urbain qui n'en finit pas, ces échoppes qui ferment en enfilade, des artisans qui déménagent... Seule et amère contrepartie, les supermarchés, qui envahissent nos périphéries. Ce mouvement, le député Patrick Vignal (LREM) veut l'enrayer. Ancien du PS, auparavant chargé de la cohésion à Montpellier, il veut un moratoire sur l'extension des centres commerciaux: pas un mètre carré de plus pendant un an. Il s'explique à RMC.fr.

Patrick Vignal est député LREM de l'Hérault.

"A Montpellier, avec Georges Frêche, on s'est planté sur la politique de la ville. On a gardé les gens dans l'entre-soi, on a fait en sorte que les centres-villes soient des mouroirs: comme Perpignan, Béziers, Lunel, Narbonne, toutes les villes du Nord…

Tous les sept ans, c'est l'équivalent d'un département de l'Hérault qui disparaît avec l'étalement urbain. Il y a trop de supermarchés. En 2016, il y a eu 22% de plus d'autorisations de surfaces commerciales qu'en 2015. Sur ces 22%, 90% concernent des périphéries de villes. C'est énorme! Vous en savez la cause. Quand vous êtes maire d'une petite ville, Leclerc vient vous voir, vous demande une zone de chalandise, sur 20 kilomètres, en disant 'Je crée des emplois, j'embauche des gamins de votre commune', et le maire va la signer. Le commerce, en termes d'emploi, ce n'est rien comparé à la grande distribution.

Et franchement, les supermarchés, c'est horrible, des structures métalliques... C'est un problème d'aménagement de territoire. Il y a des sociologues et des urbanistes qui m'écrivent pour me dire qu'ils sont d'accord.

Je pense que les citoyens sont prêts à revenir en centre-ville.

"Qu'on cesse de donner des autorisations d'extension"

Ma proposition de moratoire est la suivante: pendant un an, on cesse de donner des autorisations d'extension aux centres commerciaux. Et on fait un point de situation. Ce n'est qu'un premier jet. Il en faudra ensuite un second sur les professions libérales. Mon expert comptable, mon notaire, ils se sont tous deux tirés des centres-villes. Et se sont installés en zones franches. Pendant dix ans, ils n'ont pas de taxe foncière et pas de charge sociale sur les salariés. Disons-le: avec les zones franches, on s'est trompé, on a dévitalisé les centres-villes.

"Je vais être transparent: ce moratoire, certes, ne tient pas juridiquement. Si on m'attaque au niveau européen, on perd. Mais l'idée c'est de discuter avec les centres commerciaux. Auchan, par exemple, en 2016, a perdu 7% de son chiffre d'affaire. Les Français, eux, sont en train de revenir à la proximité: circuits courts, poissonneries…"

Après, il ne faudrait pas que ça finisse comme à Détroit (aux Etats-Unis, NDLR), qu'on ait des centres commerciaux qui servent de squat. Mon ennemi, ce n'est pas les centres commerciaux. C'est Amazon. Avec le commerce sur Internet, Amazon, avec un milliard d'euro de chiffre, 14 salariés, et pas un centime d'impôt en France, est en train de nous prendre la vitalité du commerce. La jeune génération, elle essaie ses pompes en magasin puis les commande en ligne sur Amazon.

"Revitaliser les centres-villes par le repeuplement"

Les politiques ne se sont jamais occupés des centres-villes et on a une grosse responsabilité. Même Robert Ménard (le maire de Béziers) fait des pieds et des mains, et sa vacance commerciale est passée de 26% à 18%. Le Front national (FN) s'occupe lui des villes, des centres-villes, de l'espace public.

Face à cela, je propose un projet de société. Revitaliser les centres-villes par le repeuplement. Cela passe par la politique du logement. Remettre les artisans dans les centres. Les boutiques ont fermé? Ouvrons des boutiques éphémères, des start-up, des choses ludiques. Vous donnez aux gens un parking accessible au centre-ville de Montpellier, une bonne alchimie entre la voiture, le scooter, le vélo… Ils viendront.

"Que ce soit une priorité du quinquennat"

Il faut qu'on ait une fiscalité sur 15 ans. Vous demain, vous voulez investir à Lunel: pendant 15 ans, vous achetez un immeuble. Vous refaites les façades, vous y mettez des gens qui ont besoin de logement, de primo-accédants, et en même temps, on garantit un entretien sur l'espace public. Il y a un million de demandes de logement en France et on continue l'étalement urbain alors qu'il y a des logements vides.

Les petits et grands commerçants, et même les centres commerciaux, sont prêts à jouer le jeu. Cela doit être une priorité du quinquennat. Je veux que Macron soit le président de la revitalisation des centres-villes."

Propos recueillis par Paul Conge