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Les villes meurent-elles? "Il y a un phénomène frappant: toutes les vitrines sont vides"

Saint-Etienne est citée par Olivier Razemon comme l'une des villes frappées par la crise urbaine

Saint-Etienne est citée par Olivier Razemon comme l'une des villes frappées par la crise urbaine - PHILIPPE DESMAZES / AFP

Saint-Etienne, Vierzon, Arras, Privas… les centres des villes moyennes se meurent. C'est le constat préoccupant fait par Olivier Ramezon, journaliste, dans son dernier livre Comment la France a tué ses villes (éditions Rue de l'Echiquier). Et la tendance n'est pas à l'amélioration comme il l'a expliqué ce mardi sur RMC.fr.

"Le titre de mon livre est triste, la photo est triste mais la réalité est pire encore en fait. Quand on se déplace, quand on se promène, quand on va à Vierzon, Montauban, Avignon,… on constate un phénomène frappant, un symptôme: toutes les vitrines sont vides. Ces magasins où il y a eu une activité mais qui sont désespérément vides aujourd'hui. Quand il y a une activité, elle dure six mois, c'est du vapotage, des salons de tatouages, de la vente d'or.

On fait ce constat du commerce car c'est la chose la plus visible mais en regardant par ailleurs, en discutant avec les habitants, les politiques, on s'aperçoit que dans ces villes il y a aussi une part importante de logements vides. Il y a aussi une paupérisation de la ville contrairement à ce que les gens pensent dans les grandes métropoles.

"Les villes sont en danger"

Ce qui est vrai dans les grandes métropoles - où les centres-villes sont plus riches que la périphérie - n'est pas du tout vrai dans les petites villes, dans les villes moyennes. C'est même exactement le contraire: le centre-ville, et la ville en générale, se paupérise et les communes de la couronne immédiate, situées dans un rayon de cinq kilomètres, elles, s'enrichissent.

Les villes sont effectivement en danger, il y a une sorte de dissolution de la ville existante dans un ensemble beaucoup plus vaste. L'étalement urbain, qu'il soit commercial, logistique, routier, pavillonnaire se poursuit. Aujourd'hui, on a donc une ville qui ne vit plus dans son cadre originel, ni même dans sa proche banlieue mais dans un cadre beaucoup plus vaste.

"Un tel constat s'explique par une absence de politique"

Ici, on ne parle pas des zones rurales. Il s'agit bien de villes dont le total d'habitants est deux ou trois plus important que le nombre habitants en Ile-de-France. Mais, en revanche, cette désertification urbaine est concomitante de la montée en puissance des métropoles. Et elles, parce qu'elles sont denses, parce qu'elles attirent, continuent de se tenir. Mais je ne pense pas que ce soit parce que Lyon se développe que Valence périclite, que Bordeaux se développe qu'Agen soit en difficulté. 

Un tel constat global s'explique, selon moi, par une absence de politique. Ce n'est pas un échec dans la mesure où ce phénomène n'apparaissait pas avant. Et encore aujourd'hui, je suis frappé qu'aucun des candidats à la présidentielle n'évoque ce sujet. L'aménagement du territoire est pensé pour l'économie avant tout mais n'est pas pensé pour les déplacements quotidiens, pour la manière effective qu'on les gens de vivre.

"Recréer des espaces où les gens se croisent"

Pour résorber cet étiolement des villes, il n'y a pas de solution miracle. Il faut d'abord être conscient du phénomène. Ensuite, il faut se poser la question de la ville dans son ensemble et pas seulement du commerce. Il faut aussi revenir aux fondamentaux de la ville. Qu'est-ce que c'est qu'une ville? C'est un endroit où les gens se parlent, se croisent, se rencontrent… Il faut organiser la ville pour que ça soit possible. Or, ça n'est pas le cas.

Contrairement à une idée reçue, dans ces villes-là, la plupart des jolies places sont des parkings, les trottoirs sont minuscules, il y est compliqué de circuler à pieds comme en voiture. Il faut donc recréer des espaces où les gens se croisent. Il faut que les gens se réapproprient leur quartier.

Une chose est en train de se développer et, je pense que fonctionne bien, ce sont les balades urbaines, c’est-à-dire traverser la ville de part en part et voir comment elle est faite. Ce n'est pas la solution miracle mais ça permet de comprendre les choses. Il faut vraiment une prise de conscience de l'ensemble des citadins et pas seulement du maire et de l'association des commerçants".

Propos recueillis par Maxime Ricard