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"Dupin quotidien": qu'est-ce que va changer la loi anti-gaspillage?

Parmi les mesures prises par le gouvernement dans la loi anti-gaspillage, il sera désormais interdit de détruire des produits neufs non alimentaires, encore utilisables. Bien que les grandes surfaces appliquent déjà ces mesures évitant de jeter de la nourriture, ce sera également à prendre en compte pour le textile, les produits d'hygiène et autres.

Le Premier ministre Edouard Philippe l'a annoncé officiellement mardi: le gouvernement va faire interdire la destruction de tous les invendus non alimentaires.

En clair, les entreprises n'auront plus le droit de détruire des produits neufs encore utilisables, comme c'est le cas dans l'alimentaire, puisque officiellement les grandes surfaces n'ont plus le doit de jeter de la nourriture.

L'idée est de faire pareil pour les produits non-alimentaires, tels que les vêtements, tout ce qui est textile mais aussi les produits d'hygiène, les couches ou encore l'électroménager...

Derrière cette mesure, une réalité inattendue: chaque année, des millions d'euros de produits neufs sont détruits en France. Ainsi, par exemple, quand vous commandez chez Amazon, vous avez un délai de rétractation de 15 jours. Si vous le renvoyez, la plupart du temps, il va être détruit. Il ne sera pas reconditionné car le reconditionnement est moins rentable.

Par ailleurs, Amazon toujours stocke les produits des vendeurs pour livrer le plus vite possible.

Mais les vendeurs doivent payer pour ce stockage et si le produit met trop de temps à se vendre soit Amazon le détruit soit il le renvoie. Et là encore comme ça coûte moins cher de détruire, on détruit. Résultat: on a des produits fabriqués à l'autre bout du monde qui ont traversé la terre et qui sont détruits sans avoir vu l'ombre d'un client.

Cette mesure sera la première mesure du projet de loi anti-gaspillage. L'idée est de faire payer des amendes aux entreprises qui ne respecteront pas la loi.

Le montant des amendes sera fixé lors de la discussion parlementaire. Sachant que le but est d'obliger les entreprises de faire des dons à des associations ou de faire recycler leurs produits, cette loi est avant tout un signal pour que les entreprises arrêtent de surproduire et gèrent mieux leurs invendus. La loi devrait être en vigueur pour toutes les entreprises avant fin 2023.

Pourtant, plusieurs questions se posent. Et notamment celle de la délocalisation des zones de destruction des produits dans d'autres pays que la France, ce qui ne ferait que déplacer le problème.

L'autre point noir, le plus important pour les associations qui luttent contre le gaspillage: le gouvernement autorise les entreprises à pouvoir recycler des produits invendus, ce qui revient, pour les associations, à de la destruction. Elles estiment qu'il faudrait donner la priorité aux dons, en mettant en place par exemple des incitations fiscales pour les entreprises. 

Anaïs Bouïtcha (avec Guillaume Dussourt)