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ÉDITO – "La crainte de Macron? Que les Français se croient revenus aux années Hollande"

Selon Cécile Cornudet, éditorialiste politique aux Echos et membre du QG Bourdin Direct, il y a eu un arbitrage d'Emmanuel Macron ce week-end pour mettre fin à 5 jours de flottements du gouvernement sur les impôts.

En faisant cet arbitrage, Emmanuel Macron a surtout voulu éviter de faire croire qu'on revenait au quinquennat précédent. Le sujet est explosif, on le sait bien: qui a pu oublier le ras-le-bol fiscal des années Hollande? Or le gouvernement a mal anticipé les réactions à ses annonces de mardi dernier et il essaie maintenant de rectifier le tir. Mardi, dans son discours de politique générale, le Premier ministre annonce que compte tenu des difficultés budgétaires, certaines baisses d’impôts annoncées dans la campagne vont être reportées de quelques mois, juste reportées bien sûr. Il y a là la réforme de l'ISF, la transformation du CICE en baisses de charges, et surtout la suppression de la taxe d’habitation pour 80% des ménages.

Pourquoi je dis 'surtout'? Eh bien parce cette mesure était au cœur de la campagne d’Emmanuel Macron, et qu’elle était sans cesse évoquée lorsqu’il s’agissait de compenser l’effet de la hausse de la CSG. Or que se passe-t-il? La hausse de 1,7% de la CSG, qui financera des baisses de charges salariales, aura bien lieu le 1er janvier 2018, mais pas la baisse parallèle de la taxe d’habitation. Si on ajoute à cela diverses annonces faites la semaine dernière par des ministres, hausse du prix carbone, création d’une taxe poids lourd, paquet de cigarettes à 10 euros… L’impression donnée d’un coup c’est: au secours les hausses d’impôts reviennent! L’opposition, les économistes, et les premiers sondages ont été suffisamment sévères pour que le gouvernement change de ton pendant tout le week-end.

"Au secours, les impôts reviennent!"

Comment Emmanuel Macron a pu ne pas anticiper ces réactions? Eh bien sans doute parce que le président a réussi un tel exploit politique dans cette présidentielle qu’il pensait que les Français lui feraient confiance pour le reste. Il a pensé que quand il dirait: 'il faut reporter de quelques mois des baisses d’impôts pour pouvoir les financer', les Français le croiraient.

Le problème, c’est que les Français ont été tellement échaudés par les promesses non tenues dans le passé que quand on leur dit: 'on reporte la suppression de la taxe d’habitation', ils entendent 'on ne la supprimera jamais'.

A cela il faut ajouter une acceptation des efforts moindre que dans le passé. C’est paradoxal d’ailleurs puisque durant la campagne, Emmanuel Macron a tenu un discours de réformes. Il faut croire que ce n’est pas là-dessus qu’il a été élu. L’Ifop a demandé aux Français s’ils étaient prêts à faire des efforts pour redresser les comptes: en juillet 2012, ils disaient non à 33%. En 2017 ils disent non à 51%.

Le gouvernement essaie de dire qu’il n’attendra pas pour redonner aux Français le fruit de leurs efforts. C’est pour ça qu’Edouard Philippe a dit que 7 milliards de baisses d’impôt interviendraient en 2018, même si elles étaient déjà décidées avant. Et que Bruno Le Maire martèle qu’on peut tout mener de pair, que le gouvernement va agir vite, qu’il va faire des réformes. Vous l’avez compris, le mot d’ordre du week-end c’était: surtout ne pas laisser penser que les années Hollande, marquées par l’immobilisme et les hausses d’impôts, sont de retour.

Cécile Cornudet