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"À aucun moment ma fille n'a été protégée": la Commission sur l'inceste recommande le retrait immédiat du droit de visite du parent agresseur

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Témoignage RMC - Malgré les confidences de l'enfant, la justice n'a pas pu protéger la fille de Sarah, victime d'attouchements sexuelles de la part de son propre père. Pour lutter contre ces violences, la Commission recommande donc de retirer dès la première plainte le droit de visite du parent agresseur.

À l’âge de 4 ans la fille de Sarah lui confie que son papa la touche au niveau du sexe. Sarah porte plainte mais aucune mesure pour éloigner sa fille de son père n’est prise durant l’enquête regrette cette maman:

"À aucun moment ma fille n'a été protégée, jamais. Je demandais juste qu'elle ne revoie pas son papa agresseur. Mais à aucun moment ils n'ont jugé nécessaire de la protéger. Et les agressions sexuelles ont continué", explique-t-elle à RMC. "J'ai fortement culpabilisé parce que je n'ai rien vu. Il faut croire la parole des enfants, c'est un principe de précaution", ajoute Sarah, membre de l'association Les Papillons, qui lutte contre les maltraitances infantiles.

Suspendre au plus vite l'autorité parentale, c'est justement ce que préconise la Ciivise, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles qui a rendu mercredi son premier avis. La commission appelle également à "suspendre" les poursuites pénales pour "non-représentation d'enfant", contre un parent qui refuserait de laisser son enfant au parent soupçonné et recommande enfin le retrait automatique de l'autorité parentale en cas de condamnation d'un parent.

"Nos recommandations sont extrêmement claires : dans le cas d'un parent agresseur et d'un parent protecteur, la société doit protéger le parent protecteur pour qu'il puisse garantir la sécurité de son enfant (...) L'agresseur a toujours une stratégie pour jouir du corps de l'enfant et pour assurer son impunité et pour cela il va inverser la loi", détaille ce jeudi sur RMC Édouard Durand, juge et co-président de la Ciivise.

22.000 enfants victimes d'attouchements par an pour seulement 700 condamnations annuelles

Maitre Delphine Meillet tempère: retirer un droit de visite lorsqu’une enquête est en cours c’est quelque part bafouer la présomption d’innocence estime l’avocate:

"Ce n'est pas parce qu'on parle des enfants que nécessairement l'enfant dit la vérité. L'intérêt de l'enfant c'est aussi d'avoir son père, c'est de prendre en considération sa parole, l'écouter puis le réécouter puis le faire entendre par d'autres. Ce n'est pas une seule accusation qui peut entraîner la non-représentation des enfants, ce n'est pas possible. Méfions-nous de ces bonnes paroles".

Pour elle, il faut donc que la justice soit plus rapide pour condamner les auteurs d’inceste. Selon le rapport, 22.000 enfants seraient victimes d'attouchements ou de viols par leur père chaque année, pour seulement 700 condamnations. 

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Jean-Baptiste Bourgeon et Maxime Brandstaetter (avec Guillaume Dussourt)