RMC

Crier sur ses enfants, est-ce de la maltraitance? Ça fait débat sur RMC

Selon une récente étude, huit Français sur 10 pratiqueraient des VEO, des violences éducatives ordinaires sur leurs enfants. Pour endiguer le phénomène, une proposition de loi adoptée en novembre par l'Assemblée nationale, doit être débattue au Sénat cet été.

Face à un enfant désobéissant, les parents peuvent craquer sous le coup de la fatigue. Une fessée ou des menaces en voiture ou dans les rayons d'un supermarché jusqu’au chantage au dessert au restaurant, ces méthodes portent un nom : on les appelle les VEO pour violences éducatives ordinaires.

"Je dois le reconnaître, cela m’arrive de crier sur mon enfant. Pour essayer de se faire obéir, pour essayer que les choses aillent plus vite, mais cela ne va pas plus vite. C’est parce qu’on crie que cela va plus vite, mais parfois quand les parents sont fatigués, cela peut arriver. Derrière, je culpabilise comme si j’avais maltraité mon enfant", explique Aurore une mère de famille toulousaine.

Bientôt un arsenal législatif ?

Et selon une enquête de l’Union des Familles d’Europe, 8 Français sur 10 pratiquent des violences éducatives ordinaires. Ces gestes peuvent sont tous les moyens utilisés par les parents pour se faire obéir. Ils peuvent être physiques (fessées, claques, pincements), verbaux (insultes, menaces, cri) ou psychologiques.

Philippe, père et grand-père, estime que crier est inutile et que la maîtrise de soi est l’élément essentiel : "Il faut essayer de se maîtriser même si cela n’est pas toujours facile. En tant que parents, on a valeur d’exemple, et toutes les dérives qu’on pourrait avoir, on les retrouverait chez l’enfant au moment de son adolescence et à l’âge adulte", explique-t-il. Pour lui, pas question d’y voir de la maltraitance, mais plutôt "une faute de goût".

Et ces "fautes de goût" pourraient être bientôt illégales. Une proposition de loi visant à interdire ces violences éducatives ordinaires, a été adoptée par l’Assemblée nationale en novembre dernier. Elle devrait être débattue au Sénat cet été et prévoit d’inscrire dans le code civil que l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques.

L'exemple suédois

Ces comportements sont souvent banalisés et la violence de ces gestes minimisée. Pourtant selon les experts ils sont dangereux, créent des traumatismes et nuisent au développement de l’enfant et surtout ils entraînent une escalade de la violence alors que 75% des cas de maltraitance débutent avec des punitions corporelles.

Aujourd’hui 22 pays de l’Union européenne ont interdit ces violences éducatives ordinaires, comme en Suède où c’est le cas depuis 40 ans en Suède. Une mesure qui ravit 9 Suédois sur 10 alors qu’on constate qu’il y a moins de suicides chez les adolescents, moins de dépressions et moins d’enfants qui meurent de violences. Selon un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales publié en 2018, un enfant meurt tous les cinq jours en France, à cause de la violence de ses parents ou d’un proche.

Caroline Philippe (avec Guillaume Dussourt)