RMC

Des élèves sourds risquent d'être privés de leurs "codeurs" en classe

A Caen, des élèves sourds risquent de se voir bientôt privés de leurs accompagnateurs en classe, qui pourraient être bientôt privés des subventions du département et de la région.

Imaginez une salle de classe. Des élèves qui bavardent au fond. Le professeur qui explique, au premier rang, comment résoudre une équation. Et à côté de lui, dos au tableau, un interprète en langage parlé complété. C’est un code gestuel qui permet aux élèves sourds de comprendre le cours. La plupart de ces élèves sont appareillés, lisent sur les lèvres, parlent, mais ont besoin d’un accompagnant, que l’on appelle un codeur. Il retranscrit en signes l’ambiance sonore et rend visible la langue française.

Valentine et Ewan ont des codeurs depuis la maternelle et aujourd'hui, ils sont respectivement en classe de 6e et 2nde. "La codeuse m'aide à dans toutes les matières, à comprendre, elle est utile", assure Valentine. "Ça m'aide à comprendre ce que disent les profs, ça m'aide pour les questions. Parfois il y a des choses que je ne comprends pas, on m'explique le vocabulaire, c'est important", renchérit Ewan.

"Que le gouvernement prenne ses responsabilités"

Mais aujourd'hui, ces élèves risquent aujourd’hui de se retrouver sans codeurs. C'est pour ça que leurs parents ont contacté RMC. Ils vivent à Caen et c’est l’association Apedac qui emploie les codeurs de leurs enfants. Elle est financée aux deux tiers par des subventions: 40.000€ de la région et 75.000€ du département pour 2022. Sauf qu’à la rentrée, les parents ont appris l’arrêt des subventions à la fin de l’année.

Et sans ces aides, au 1er janvier, 18 élèves sourds ne seront plus accompagnés en classe. Certains doivent passer le bac, d’autres le brevet. "Ewan n'a pas de retard à l'école et sans les codeuses, ça aurait été impossible. On souhaite qu'il ait l'opportunité de faire ce qu'il veut comme étude et sans l'accompagnement, son champ d'avenir sera complètement réduit", raconte Muriel la maman d’Ewan.

Une pétition en ligne a été lancée par l’association Apedac et elle a déjà recueilli plus de 24.000 signatures. Agnès Valette, la présidente, ne lâchera rien. "Dans la loi de 2005, il est précisé que chaque enfant à le droit à une scolarité normale, même en situation de handicap. Ce que l'on voudrait, c'est que le gouvernement prenne ses responsabilités et nous attribue un budget spécial pour l'accompagnement des enfants en milieu scolaire", appelle-t-elle.

La région va finalement maintenir son financement, pas le département

RMC a contacté le ministère de l'Éducation nationale, le secrétariat d’Etat aux personnes handicapées, le rectorat, et tous se renvoient la balle. Depuis plus de 17 ans, les gouvernements successifs se sont engagés à pérenniser le travail des codeurs mais dans les faits, rien n’a changé. Une réunion avec l'association Apedac est prévue dans une semaine, à la Direction de l'Éducation nationale du Calvados.

Mais nous avons quand même le début d’une bonne nouvelle: à la suite de notre intervention, la région va finalement maintenir son financement jusqu'à la fin de l’année scolaire. Et pour 2023-2024, c’est en cours de discussion. 

Le département, en revanche, ne bougera pas. Il nous explique que depuis la loi NOTRe de 2015, le handicap relève de la compétence de l’Etat et qu’il n’a plus les moyens de continuer à se substituer à l'Éducation nationale.

RMC s'engage pour vous

Pour contacter notre cellule : rmcpourvous@rmc.fr

Amélie Rosique, Joanna Chabas et Elise Denjean