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Etes-vous favorable à l’enseignement sur tablette dans les écoles et les collèges?

Le président de conseil scientifique de l’Education nationale a alerté la semaine dernière, à l’occasion d’un colloque, sur l’impact des outils numériques sur les apprentissages. Il pointe les dangers d’une escalade dans les équipements, sans réel but pédagogique.

Il ne se passe pas une semaine sans que la presse régionale se fasse l’écho de l’arrivée de tablettes dans les collèges et dans les écoles. C’était une volonté du quinquennat précédent. Pour une pédagogie révolutionnée par le numérique, pour un cartable plus léger, pour un apprentissage intelligent d’Internet. En 2015, François Hollande lançait son "plan tablette" censé équiper chaque élève de France. Aujourd’hui, 43% des collégiens le sont. C’est l’Etat qui paye: 240 millions d’euros par an. Mais il y a aussi les départements et parfois même les communes qui investissent dans l’enseignement numérique. Avec des règles différentes: certaines tablettes sont la propriété du collège ou de l’école, d’autres sont offertes à l’enfant qui est censée la garder tout au long de sa scolarité.

Des différences aussi en terme d’enseignement. Dans certains établissements, la tablette a carrément remplacé les manuels scolaires, dans d’autres elle est juste là en appui pédagogique, dans d’autres encore, elle ne sert quasiment jamais.

Risque d'addiction et troubles de la concentration

En fait, "on ne sait pas si elles ont un impact positif ou négatif sur les apprentissages", reconnaît le président du conseil scientifique de l’Education nationale. Le ministre Jean-Michel Blanquer est d’accord: il se pose la question de "l’enjeu qualitatif". Les syndicats d’enseignants alarment aussi sur le manque de formation des professeurs à ces nouveaux outils. Et sur le risque d’addiction et de difficultés de concentration des élèves, relayées par de nombreuses études sur les dangers de la surexposition aux écrans.

Pour Loys Bonod, professeur de lettres classiques au lycée Chaptal de Paris, la question ne se pose même pas:

"Il fallait s'y opposer dès le départ. C'est un produit de consommation. On sait comment détourner les tablettes de leur fonction soi-disant pédagogique. Un collègue me disait que les élèves font tout à fait autre chose que ce qu'on leur demande sur les tablettes. Il m'a envoyé le contenu de la tablette d'un élève: il y avait une soixantaine de jeux, deux applications pédagogiques et la plupart des jeux étaient des jeux déconseillés aux moins de 17 ans, et c'est un élève de 6e. Ce sont des objets de distraction!"

Savez-vous à combien d’écrans un élève français est soumis au quotidien? 11 écrans!

60% des ados ont un ordinateur dans la chambre, 74% ont une tablette, 84% une console de jeu. Sans compter le smartphone, utilisé là aussi avant tout pour jouer. 8 collégiens sur 10 jouent à Fortnite au moins une fois par semaine.

Matthieu Rouault