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Le moindre magasin de t-shirt a le droit à son agent de sécurité, mais pas les lycées? Il faut qu’on en parle

Philippe Tournier dénonce le manque de sécurité aux abords des lycées en France.

Philippe Tournier dénonce le manque de sécurité aux abords des lycées en France. - MIGUEL MEDINA / AFP

Les proviseurs ont protesté mardi pour dénoncer le manque de sécurité aux abords des lycées, au lendemain de l’agression d’un lycéen de 17 ans, poignardé mortellement près de son établissement parisien. Philippe Tournier, secrétaire général du premier syndicat de proviseurs de France, témoigne pour RMC.fr.

Philippe Tournier, secrétaire général du syndicat national des personnels de direction de l'Education nationale (SNPDEN-Unsa), proviseur au lycée Victor-Duruy à Paris.

"Il n’y a aucun personnel chargé de la sécurité aux abords des lycées. Ça n’existe pas. Il y en a dans les hôpitaux, dans les mairies, dans les boutiques. Dans une galerie marchande, le moindre magasin de t-shirt a le droit à son agent de sécurité. Mais un lycée ne peut visiblement pas en bénéficier. Rien n'est fait. Il faut que ce problème soit mis sur la table: ce sont des lieux où se produisent un bon nombre d’accidents graves. Tous les élèves le savent.

Normalement, les proviseurs, les enseignants et les surveillants n’ont pas à intervenir en dehors des murs de leur lieu de travail. Malheureusement, dans la pratique, ils finissent par le faire pour arrêter des accrochages entre élèves. Allant alors au-delà de leurs fonctions, ce qui arrive tous les jours en France. J’ai déjà été moi-même confronté à des altercations entre des bandes, des groupes d’amis. Ils s'affrontent généralement à cause d'histoires de cœur ou de rivalités de quartier.

"Racket et trafics dans une zone où personne n’intervient"

On est obligés de s’en charger puisque la police ne souhaite pas opérer à proximité des lycées. Elle entretient des relations difficiles avec la jeunesse. Il y a toute une zone où personne n’intervient, une zone non-sécurisée. Les problèmes de rackets et de trafics règnent pourtant au sein de cet espace.

Depuis des décennies, les gouvernements successifs n’ont jamais traité correctement cette question de sécurité aux abords des établissements. Pour tenter d’y remédier, il faut déjà que l’on en parle. Et non se contenter de s’émouvoir périodiquement d’un drame pour finalement ne rien faire. Le lycéen agressé à proximité du lycée Charles de Gaulle à Paris constitue le troisième mort depuis le début de l’année. On parle de rivalités entre bandes mais ces affrontements ne sont pas nouveaux. Ils se produisaient déjà dans l’antiquité, au Moyen-Âge, au XVIIème siècle. En réalité, depuis toujours.

"Les lycéens sont des cibles évidentes et faciles"

Pourtant, on doit consacrer du temps à réaliser des exercices anti-intrusion pour se préparer en cas d’attentat. Mais je ne vois pas pourquoi un terroriste se fatiguerait à vouloir entrer dans un établissement scolaire. Malgré l’interdiction de sortir fumer, des centaines de lycéens se rendent quand même devant leur lycée pour discuter et sont alors des cibles évidentes et faciles. Tout le monde peut constater qu’il y a une prise de risque extraordinaire sans que ça ait l’air de beaucoup inquiéter.

Quelques proviseurs avaient créé des zones fumeurs dans les récréations pour leur éviter de s'exposer à des risques. Mais des personnes ont poursuivi certains établissements devant la justice administrative. Annulant alors ces initiatives. 

"Un gouvernement qui ne lève pas le petit doigt"

Le gouvernement n’a pas levé le petit doigt. J’ai entendu un certain nombre de bonnes âmes nous expliquer qu’il fallait leur dire de ne pas fumer. Si c’était si simple, la question du tabac ne se poserait pas. Les élèves, dont la plupart sont majeurs, ont le droit de sortir. L’établissement n’est pas en droit de les en empêcher. Il règne une certaine hypocrisie sur ce dossier."

Propos recueillis par Julie Breon