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Lucile, 22 ans, dyslexique: "Les enseignants ont passé leur temps à m'humilier plutôt qu'à m'aider"

Ce mercredi dans Bureau de Vote sur RMC, Lucile, étudiante dyslexique, témoigne de sa difficulté de vivre une scolarité normale. Au-delà de ses difficultés personnelles, elle pointe du doigt "le manque de formation et de tolérance des enseignants".

"Je suis atteinte d'une maladie, si l'on peut appeler ça une maladie: la 'dys'. Cela regroupe en réalité plusieurs maladies: la dysphasie, la dyslexie et la dysorthographie. J'en suis atteinte à un stade assez avancé. J'ai 12 ans au test de l'Alouette (test de lecture qui permet d'évaluer le niveau de décodage lexical et qui consiste à lire à haute voix un texte standard, ndlr). Et pour quelqu'un qui en a 22 c'est assez compliqué de gérer une vie scolaire. Mais je l'ai quand même réussie parce que j'ai décidé de me battre et de donner tort à tous ces gens qui ont dit que c'était perdu d'avance.

Les enseignants ont passé leur temps à m'humilier plutôt qu'à m'aider. Pourtant, il ne manque rien pour pouvoir aider un dyslexique. C'est juste un petit peu de compassion et un petit peu de compréhension et de tolérance. Combien de fois on m'a dit que ça ne servait à rien que j'aille au lycée, que de toute façon je n'aurais jamais le bac, que je n'écrivais pas assez bien français pour l'avoir. Est-ce que vous vous rendez compte de ce qu'on dit aux élèves?

"On sera toujours montré du doigt"

Moi, je me suis battue toute ma vie pour donner tort à ces gens qui ont décidé que c'était perdu d'avance. J'ai même eu un bac littéraire, pourtant peut-être la filière la plus exigeante avec le français. J'ai eu des enseignants qui m'ont fait aller au tableau, écrire au tableau et qui m'ont pointé du doigt devant mes camarades. Ils disaient 'Regardez, elle a 17 ans et elle ne sait pas écrire'. Est-ce que c'est normal aujourd'hui? Est-ce que c'est normal dans notre système scolaire que l'on puisse humilier des élèves?

Je peux comprendre que des tas de 'dys' comme moi ont décidé d'abandonner l'école. Parce que de toute façon on sera toujours montré du doigt, parce qu'on ne sait pas bien écrire. Et c'est plus large que ça. J'ai par exemple des difficultés à passer le permis de conduire parce que j'ai dû mal à me repérer dans l'espace. Ça va plus loin que ça: c'est de la construction de la phrase, de l'orthographe, de la dyscalculie… Mais j'ai l'impression qu'aucun enseignant n'est formé à ça. Aucun enseignant n'est capable d'accompagner et pourtant ce n'est rien. Juste un peu de tolérance et de patience".

Maxime Ricard avec Jean-Jacques Bourdin