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Mélissa, 17 ans, frappée par sa famille: "ils me tapaient avec des barres de fer, des bouteilles d'alcool"

Alors que le gouvernement lance ce mercredi 1er mars un plan de lutte contre les violences faites aux enfants, RMC a recueilli le témoignage de deux adolescents battus par des membres de leur famille et recueillis dans une structure d'accueil d'enfants en danger, à Orléans.

Ce sont des témoignages glaçants. Alors que le gouvernement s'apprête à lancer, ce mercredi 1er mars, un plan de lutte contre les violences faites aux enfants, RMC s'est rendue à Orléans, dans une structure qui accueille une quarantaine d'adolescents en danger que la justice a décidé de placer. Nous avons pu y recueillir les témoignages de Mélissa et de Jérôme, deux adolescents marqués à vie par les violences qu'ils ont subis.

Mélissa, d'abord. Cette adolescente de 17 ans, et son petit frère ont vécu l'enfer, en raison de la violence de leur beau-père et de la famille de celui-ci. Ses bras portent toujours les traces de scarifications qu'elle s'est faites, comme pour extérioriser une souffrance endurée depuis des années. "Je me rappelle d'un matin, j'avais fait du bruit avec des cintres, ça avait réveillé ma mère. Du coup, toute la journée, je suis restée dans la grange, jusqu'à ce que mon beau-père rentre du travail et me mette un coup de poing dans le nez".

"Enfermée toute la journée dans la grange"

Et pas question de trouver du réconfort auprès de ceux qui auraient pu jouer le rôle de grands-parents pour elle et son frère. "Les parents de mon beau-père me tapaient avec des barres en fer, avec des bâtons, des bouteilles d'alcool. Pour rien, parfois", raconte Melissa, qui confesse: "je ne m'en rendais pas compte en fait. Pour moi, je faisais une bêtise et puis j'étais punie".

Ni Mélissa, ni son frère, n'ont jamais dénoncé leur beau-père, d'où des questions toujours sans réponses aujourd'hui. "Il y a des choses qui sont inconnues et que j'aimerais bien connaître, notamment savoir qui a dénoncé, pour qu'on soient séparés de nos parents". Car Mélissa regrette encore de ne pas pouvoir être aujourd'hui avec sa mère, qui s'est pourtant tue devant l'évidence durant des années.

"Il me disait: 'arrête de chouiner, on dirait une tafiole'"

Jérôme, adolescent de 15 ans, a subi, lui, les coups de son père. "Quand je l'énervais il me prenait, me secouait et me disait: 'c'est bon tu vas fermer ta gueule ?'. Quand je pleurais, il me disait: 'arrête de chouiner, on dirait une tafiole'. C'était très dur à ce moment-là", raconte-t-il. "Et puis à 11 ans, j'ai tout dit au juge. J'ai dit que j'en avais marre que mon père me frappe. J'avais un petit agenda sur lequel je notais tout, je l'ai montré au juge. J'ai tout fait pour qu'il se rende compte de tout ce que mon père me faisait. Je ne sais pas s'il en avait envie ou si ça l'amusait. Je ne sais pas si c'était volontaire ou pas".

Jérôme raconte qu'il a souvent pensé à mettre fin à ses jours, pour mettre fin aux souffrances. "J'avais des envies suicidaires, je me mettais au bord de la fenêtre en menaçant de me pendre, ou de me planter un couteau".

P. Gril avec Claire Checcaglini