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Prof de lettres, elle publie les anti-perles du bac "pour qu'on arrête de déprécier les élèves"

Les "anti-perles" du bac mettent en valeur les exploits et réflexions intéressantes des candidats dans leurs copies et lors des oraux. (Photo d'illustration)

Les "anti-perles" du bac mettent en valeur les exploits et réflexions intéressantes des candidats dans leurs copies et lors des oraux. (Photo d'illustration) - Frederick Florin - AFP

Chaque année, les "perles du bac" font le bonheur des internautes par leurs incohérences ou leurs maladresses, mais finissent par en agacer certains. Pour revaloriser les efforts des lycéens, Françoise Cahen, professeure de lettres, a créé une plateforme où elle rassemble les éclairs de génie et pensées brillantes des jeunes candidats: les anti-perles. Elle explique sa démarche à RMC.fr.

Françoise Cahen, professeure de lettres en lycée et créatrice de la plateforme "Anti-perles du bac"

"J'ai eu l'idée de la plateforme en constatant qu'il y avait un contraste entre les perles qui sortaient déjà dans les médias, au moment où moi-même j’interrogeais beaucoup de candidats pour l’oral du bac de français. Je voyais défiler dans l'immense majorité des cas des jeunes sérieux, investis, et je trouvais que c’était un peu désolant de voir médiatisées seulement les grosses erreurs qu’il y avait dans les copies: c'était une sorte d’injustice si vous voulez.

Pour moi, cette attitude n'est pas un réflexe pédagogique. En tant que prof, c’est quand même beaucoup plus formateur pour tout le monde de médiatiser ce qui marche plutôt que de continuellement enfoncer, critiquer, dévaloriser et être dans la condescendance.

On peut bien sûr s’amuser de certaines erreurs, je ne suis pas du tout contre le sourire attendri, moi-même certaines fautes me font rire. C’est d'ailleurs le principe de l’humour, du comique: on rit quand les autres font une erreur.

Les perles du bac: "un discours pessimiste"

Le problème est que telles qu'elles sont, les perles du bac s’accompagnent d’un discours pessimiste. C'est facile de faire d'une bêtise le symbole du niveau de ses élèves, même s'il y en a de très drôles. Le problème, ce sont plutôt les commentaires qui les accompagnent, qui sont en général: "le niveau baisse". 

On demande ce que les adultes ont à prouver. Il y a quelque chose d’un peu malsain là-dedans. Quel instinct pousse un adulte à vouloir dévaloriser les plus jeunes? Pour montrer peut-être que la génération qui suit ne sera pas à leur hauteur? Certaines personnes m'envoient quand même des messages pour me dire que les anti-perles sont nulles! 

C'est très touchant d'avoir des retours d’élèves à propos de mes anti-perles, par exemple de ceux qui vont passer le bac l’an prochain et qui disent: "merci", "c'est encourageant", "peut-être que l'année prochaine ce seront des extraits de mes copies". J'ai l’impression que ça va peut-être être le début d’une nouvelle tradition. J'ai aussi beaucoup de retours de parents, d'enseignants, et sur les réseaux sociaux plusieurs inspecteurs se sont exprimés très favorablement par rapport à cette démarche. C'est un encouragement de l’institution.

C'est tout simple comme idée, mais finalement je pense que ça correspond à une attente. Beaucoup de collègues sont un peu fatigués de ne lire que des dépréciations du travail des élèves, même si toutes les perles ne font pas dans le dénigrement violent. C'est plutôt à cause de la philosophie pessimiste qui accompagne ces perles. Je l’ai connue quand j’étais élève, chaque année j’ai entendu des professeurs dire: "vous êtes la pire classe que j'ai jamais connue de ma carrière". 

"Il faut valoriser l'exploit"

Quand je suis devenue prof, je me suis dit: "Jamais je ne ferai ça à mes élèves, c’est plombant, ça décourage". Je ne suis pas non plus à dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, je ne veux pas mépriser les difficultés mais justement, je trouve que c'est aussi pour ça qu’il faut valoriser l’exploit.

Je me dis même que ce genre de procédés peut être un support de formation. Là, j'ai fait quelque chose la veille des résultats du bac, de manière spontanée. L’année prochaine, je vais essayer d’améliorer ça et de faire en sorte que les professeurs soient prévenus en amont pour qu’ils puissent vraiment faire les repérages. 

Je pense que ça traduit un mouvement de fond, on a besoin de s’élever contre les gens qui dénigrent tout à tout va et essayer de construire ensemble quelque chose de positif avec tous les jeunes."

Propos recueillis par Liv Audigane