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Expliquez-nous: pourquoi le gouvernement souhaite la dissolution de plusieurs associations ennemies de la République

51 structures vont recevoir des visites des services de l’Etat et plusieurs d'entre elles vont être dissoutes.

Suite à l’assassinat de Samuel Paty, le gouvernement a décidé d’expulser du territoire français 231 personnes fichées S pour radicalisation, de fermer la mosquée de Pantin mais aussi de dissoudre plusieurs associations musulmanes. 

51 structures vont recevoir des visites des services de l’Etat tout au long de la semaine selon Gérald Darmanin et plusieurs d'entre elles se verront dissoudre en Conseil des ministres.

Alors pourquoi? Ces associations sont accusées de proximité avec l’islam politique, ça veut dire que sous couvert de dénoncer l’islamophobie ou bien d’aider les plus pauvres, le gouvernement leur reproche de cacher leur véritable visage, et des idées proches de celle des frères musulmans ou de mouvances salafistes. 

Gérald Darmanin veut dissoudre le Collectif contre l'islamophobie en France, le CCIF, qu’est-ce que c’est que ce collectif ? 

Le CCIF, c’est une association qui lutte contre l’islamophobie, elle a été crée en 2003. Elle apporte une aide juridique ou du soutien psychologique aux personnes victimes de discrimination parce qu’ils sont musulmans, les femmes voilées par exemple. Le CCIF publie aussi chaque année un rapport qui recense les actes islamophobes en France. C’est une association reconnu d’intérêt général depuis 2011. Donc quand vous faites un don au CCIF aujourd’hui, vous bénéficiez d’une déduction fiscale. 

Le CCIF est reconnue d’intérêt général, mais le gouvernement veut le dissoudre, pourquoi ? 

Parce que le père de l’élève qui lance une cabale contre Samuel Paty invite les internautes à contacter le CCIF dans ses vidéos postées sur les réseaux sociaux. 

Mais le CCIF expliquait dès vendredi soir qu’ils n’avaient pas pris part dans cette affaire. Et sur le fonds, l’association explique qu’elle n’intervient jamais quand il s’agit de liberté d’expression. Par exemple ils n’ont pas pris position dans l’affaire Mila.

Une autre association est dans la ligne de mire du ministre de l’Intérieur, Barakacity. C’est une association créée en 2010 en Essonne par un groupe de musulmans d’inspiration salafistes. Ils commencent par aider des familles pauvres en faisant des maraudes et aujourd’hui, c’est une ONG humanitaire islamique, qui vient en aide aux populations musulmanes démunies, un peu partout dans le monde. Ils sont présents au Togo, en Birmanie, en Palestine, en Syrie.

C’est une association qui est assez populaire notamment chez les jeunes. Leur compte Facebook est suivi par 700.000 personnes et ils sont capables de récolter plusieurs millions d’euros quand ils lancent un appel aux dons. 

Qu’est-ce qu’on reproche à l’association Barkacity ? 

En 2015, l’association a été perquisitionnée. On la soupçonnait de financer le terrorisme. Mais trois ans après, l’enquête est classée sans suite. En 2016, le leader de Barakacity Idriss Sihamedi est invité sur Canal +, il refuse alors de condamner l’organisation Etat islamique. Il fait aussi des déclarations qui dérangent: “je pense que la musique peut être dangereuse, la polygamie est une alternative contre l’adultère et le voile un signe de pudeur”. 

Et puis au début de la pandémie de covid-19, il explique: “c’est la première fois de ma vie que je peux dire à une femme qui veut me serrer la main “non” dans la joie et la bonne humeur”. 

Par quels moyens le gouvernement peut dissoudre ces associations ?

On le saura dans les heures ou les jours qui viennent. Les services de renseignements ont-ils collectés des informations sur des pratiques illégales de ces associations ? Le ministère a parlé d’Incitation à la haine, ou de trouble à l’ordre public. 

Du côté de Barakacity, en tout cas, c’est l’incompréhension. “La folie s'empare du ministre de l'intérieur", a répliqué BarakaCity sur Facebook. Quant à l’islamologue Olivier Hanne, il appelle à la prudence, car diviser encore la société serait précisément faire le jeu de Daesh.

Bérengère Bocquillon