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Faut-il augmenter les zones rouges déconseillées aux voyageurs? Ça fait débat sur RMC

Après le retour des deux otages français, enlevés à la frontière entre le Bénin et le Burkina, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian s’est prononcé pour un renforcement du dispositif d’informations aux voyageurs. Dans une interview au Parisien, il se dit favorable à "un durcissement de la réglementation". Autrement dit, classer davantage de zones à risque en rouge.

C’est une carte à consulter impérativement avant un voyage à l’étranger. Sur le site du ministère des Affaires étrangères, www.diplomatie.gouv.fr, dans l’onglet "conseils aux voyageurs", une carte du monde est mise à jour en temps réel, 24h/24.

Chaque pays, chaque région du monde, est classée selon une couleur. Vert pour vigilance normale, jaune pour vigilance renforcée, orange pour les zones où il fortement déconseillé de se rendre, sauf raison impérative. Et enfin rouge pour les zones formellement déconseillées.

"Un classement rouge aurait probablement permis d'avoir un impact psychologique plus fort"

Au moment de la prise d’otage, le parc de la Pendjari, au Bénin, était encore en zone orange. Elle est depuis passée au rouge. Tout comme la zone du parc W, un peu plus au Nord, là où les touristes se dirigeaient. Eux-mêmes ont reconnu qu’ils auraient dû "prendre davantage en compte les recommandations de l’Etat français".

Pour Jacques Maire, député en Marche et vice-président de la commission des affaires étrangères, il faut durcir la réglementation car les zones orange ne dissuadent plus assez les voyageurs

"Un classement rouge aurait probablement permis d'avoir un impact psychologique plus fort pour des voyageurs indépendants comme ceux-là. C'est quelque chose qui a une réelle efficacité. Je comprends parfaitement le gouvernement et le ministre des Affaires étrangères. Quand on doit arbitrer entre l'intérêt du tourisme local et la mise en danger à la fois de nos ressortissants et de nos soldats, il n'y a pas photo. Nous sommes là pour protéger les autres".

"Est-ce que Jean-Yves Le Drian aurait repeint en rouge New York le 11 septembre 2001?"

Mais la réalité est plus complexe sur le terrain. Les risques sont différents selon les régions du monde. Les critères de classement en zone rouge aussi. Et ce n’est pas une solution de repeindre la carte du monde en rouge du jour au lendemain selon Jean-Pierre Mas, président des entreprises du voyage

"Il ne faut pas que la solution de facilité et la réaction épidermique à un événement dramatique soit de verser de la peinture rouge partout où on se dit qu'il pourrait y avoir un éventuel risque. Est-ce que Jean-Yves Le Drian aurait repeint en rouge New York le 11 septembre 2001? Peut-être pas mais peut-être le 12 septembre, les Etats-Unis en entier, on ne sait pas".

Aujourd'hui, de nombreuses zones sont classées rouge en Afrique : au Mali, au Niger, en Somalie, au Soudan du Sud, mais aussi en Lybie, une partie de l’Egypte, le Sud de l’Algérie et du Maroc. En Asie et au Moyen-Orient, ce sont certaines régions de Thaïlande, l’Afghanistan, le Pakistan, le Yemen, la Syrie et sa frontière avec la Turquie

D'autres zones le sont aussi au Mexique, en Colombie, au Pérou, en raison des narcotraficants. Enfin, en Europe, sont formellement déconseillées les frontières entre la Russie, l’Ukraine, l’Azerbaïdjan et l’Arménie.

Matthieu Rouault