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"Il n’y a plus d’humanité": le couvre-feu change aussi la vie des sans-abris

Le gouvernement n'a d'ailleurs pas proposé de solution concrète pour les SDF. Comment les personnes sans domicile fixe vivent cette situation de couvre feu, de crise sanitaire qui dure ?

Le couvre-feu est en vigueur dans 9 grandes métropoles françaises le week-end dernier. La mesure a pour objectif de freiner la propagation de l'épidémie de coronavirus, mais elle complique aussi la situation des plus précaires, notamment les sans-abris.

À l’heure où 20 millions de Français doivent rentrer chez eux à cause du couvre-feu, Léo et trois autres bénévoles du Secours populaire commence une maraude de deux heures au contact des sans-abris.

“Il y a plusieurs objectifs. D'abord créer du lien social et en plus on distribue de la nourriture. Il y a une boulangerie qui nous donne des denrées, un restaurateur qui nous donne du couscous. Donc on va pouvoir donner un plat chaud aux bénéficiaires”, explique-t-il. 

Des bénéficiaires comme Fabrice, SDF depuis 10 ans. Il vit les conséquences directes du couvre-feu. “Mon quartier est super populaire d’habitude, Saint-Michel ça vit 24h/24. Là, il y a moins de contacts, beaucoup moins de contact. Il n’y a plus d’humanité, on ne discute pas… Vraiment, on est livré à nous-même”, assure-t-il. 

Un manque d’humanité jusque dans les choses les plus élémentaires. “Les sanitaires sont tous fermés. Ce n’est pas normal. Donc on fait entre les voitures après si ça ne plaît pas, tant pis”, indique-t-il. Alors l’équipe du Secours populaire tente de distribuer des sourires sur son passage et de remonter le moral des sans-abris. “Déjà, le confinement n’était pas facile, mais là, le couvre-feu n’arrange pas mes affaires”, assure-t-il. 

Plus de précarité ?

Jacques à 45 ans. Les Parisiens sont chez eux à 21h, ça fait moins de monde pour lui donner des pièces. “Les gens ont moins le temps de discuter, ils sont stressés, ils ont leurs problèmes. Du coup les revenus, c’est compliqué”, précise-t-il. 

Lucien, 54 ans est aussi SDF et avec la crise sanitaire, il craint pour la suite. “La soupe Saint-Eustache, elle est ouverte du 1er décembre au 31 mars. Et c’est la meilleure soupe de Paris. Alors si ça aussi, on nous l’enlève, ça va être pire”, estime-t-il. Il s’inquiète aussi que la situation se dégrade encore plus. 

“Depuis cet été, on voit des gamines de 20-25 ans qui dorment sur le boulevard et des petits vieux qui fouillent les poubelles pour manger. Qu'est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qu’il fait notre gouvernement ? Il est en train de créer une nouvelle génération de pauvres. C’est terrible”, appuie Jacques. 

Dans son baromètre annuel publié le mois dernier, le Secours populaire met en garde contre une flambée de la précarité. Parmi les nouveaux bénéficiaires pendant le confinement, 45% était inconnu jusque-là de l’organisation. 

Rémi Ink avec Guillaume Descours