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Il propose des vacances illimitées à ses salariés: "La culture française du présentéisme est démodée "

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Qui n’a jamais rêvé de poser autant de jours de vacances qu’il le souhaitait, sans avoir à demander l’avis de son chef? C’est possible chez Popchef, une startup parisienne qui cuisine et livre ses propres repas à l'heure du déjeuner. Briac Lescure, le cofondateur de la société, explique le concept à RMC.fr.

Briac Lescure (28 ans), est le co-fondateur de Popchef, une start-up spécialisée dans la livraison de repas. Sa société permet à ses salariés de poser autant de vacances qu’ils le souhaitent dans l’année.

"Les vacances illimitées, c’est une conséquence de la politique d’entreprise qu’on a mise en place. On laisse les salariés très libres. Dès le départ, avec mon associé, on ne s’est jamais posé la question de savoir à quelle heure on venait le matin, à quelle heure on partait le soir ou à quel moment on prenait nos vacances. Et quand on a commencé à recruter nos premiers salariés, on s’est dit que c’était logique d’appliquer la même chose pour tout le monde.

Du coup, les salariés ont la possibilité d’organiser leurs journées un peu comme ils veulent. J’en ai certains qui habitent en dehors de Paris et qui préfèrent arriver tard le matin pour éviter le rush dans les transports et qui du coup partent plus tard. A l’inverse j’en ai d’autres qui choisissent d’arriver tôt pour partir plus tôt. On encourage aussi les gens à faire du sport dans la journée ou à faire des siestes dans les bureaux.

"On n’a pas besoin de se mêler de la façon dont le salarié organise ses vacances"

Et qui dit ‘tu viens travailler quand tu veux’ dit aussi ‘tu prends tes vacances quand tu veux’. Concrètement, le salarié me fait une demande de congé, je valide à chaque fois et il a la possibilité d’en prendre autant qu’il le veut. Evidemment ce sont des congés payés! On est très exigeant sur le recrutement: on part du principe qu’à partir du moment où on a le bon profil, on n’a pas besoin de se mêler de la façon dont il organise ses vacances. On pense que nos salariés – dont la majorité sont actionnaires de la société - sont assez responsables pour savoir quand ils peuvent partir en vacances et quand ils ne peuvent pas.

Les gens prennent un peu plus de vacances qu’ailleurs. Mais ça m’importe assez peu. Cette liberté est très positive et fait que les salariés vont rester longtemps dans la boite. Pour être épanoui, il faut trouver un équilibre entre sa vie pro et sa vie perso. Si j’ai un salarié qui a besoin de huit semaines parce que son rêve c’est l’ascension de l’Everest, je l’encouragerai très fortement à le faire.

"Un salarié qui est fatigué au bureau, ce n’est ni bénéfique pour lui, ni bénéfique pour l’entreprise"

Quand je prends des vacances et que je reviens, je suis ultra-productif, j’ai plein d’énergie et j’apporte plein d’idée. Un salarié qui est fatigué au bureau, ce n’est ni bénéfique pour lui, ni pour l’entreprise. Il y a des gens qui ont besoin de prendre huit semaines de vacances par an. D’autres n’ont besoin que de quatre semaines. C’est absurde qu’une convention collective décide qu’il y en a 6 pour tout le monde.

La culture très française du présentéisme, du 9h-18h, elle est complètement démodée. Et la génération qui arrive sur le marché du travail, elle supporte assez peu les contraintes. Elle a besoin d’autonomie, elle a besoin d’être responsabilisée. Donc la façon dont les grandes entreprises fonctionnent aujourd’hui n’est pas du tout adaptée aux besoins de la génération qui arrive sur le marché du travail.

"Des lettres de motivation qui ne me parlent que de vacances illimitées, je me méfie"

Aujourd’hui, ça marche très bien parce qu’on se fait confiance, parce qu’on est une petite équipe et que tout le monde se connaît. Est-ce que ça marche quand on 500? Je ne sais pas. Mais cette culture qu’on a mise en place est très adaptée à la taille de notre boite et à l’âge de ses salariés. Une boite de 300 salariés qui mettrait notre système en place du jour au lendemain, elle aurait des difficultés. Mais Netflix, qui est une grosse société, a mis cela place et ça fonctionne quand même.

Quand j’ai des candidats qui hésitent entre différentes boites, notre culture d’entreprise c’est un argument qui fait qu’on est plus fort que les autres. Après quand on reçoit des lettres de motivation qui ne me parlent que de vacances illimitées, je me méfie quand même. C’est plus compliqué que juste ‘vacances illimitées’. Il y a toute une réflexion derrière".

Propos recueillis par Antoine Maes