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Ils veulent allonger le congé paternité: "Le fait que le père soit là va rééquilibrer le partage des tâches"

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Et si on allongeait le congé paternité? C'est le thème d'une pétition lancée par le magazine Causette, cosignée par plus de 40 personnalités. Parmi elles, Hugo Gaspard, fondateur du magazine Daron, explique pourquoi il faut imposer la pose automatique des 11 jours de congé aux nouveaux papas, et leur proposer un congé paternité de six semaines.

Hugo Gaspard a 45 ans et est papa de trois enfants. Il a fondé le magazine Daron, destiné aux pères, et a signé la pétition lancée par Causette.

"En janvier dernier, un rapport de l'OFCE réclamait déjà l'allongement de ce congé paternité. Aujourd'hui, 70% des pères prennent ce congé paternité. Ça peut sembler un pourcentage important, mais il y a énormément de disparités. Par exemple, si 90% des salariés du public le prennent, ils sont moins d'un tiers chez les indépendants. Il y a aussi une disparité sur l'âge. Beaucoup de pères, après 35 ou 40 ans, rechignent à prendre ce congé voire ne le prennent pas du tout.

Mais c'est par rapport aux revenus que le combat est le plus difficile à mener. En gros, plus le ménage est aisé et moins le congé paternité est utilisé, à cause du plafonnement des indemnités journalières. Enfin, aujourd'hui, beaucoup d'hommes ne veulent pas prendre ce congé parce qu'ils pensent que ça va être mal vu dans l'entreprise. L'arrivée d'un enfant renforce les inégalités professionnelles entre les hommes et les femmes.

"Il y a un stop qui est marqué dans la carrière des mamans"

La femme, si c'est elle qui décide de s'occuper des enfants, va adapter son travail. Et les employeurs vont se dire qu'une femme dans l'entreprise, peut potentiellement s'arrêter. Parce qu'elle peut potentiellement être moins disponible. Et ce 'potentiellement' est dramatique pour l'égalité. Il y a un stop qui est marqué dans la carrière des mamans. Et tous les freins sont liés: le manque d'évolution, les salaires qui sont pas égaux… Tout ça valide un système qui dit 'les femmes s'occupent des enfants et les pères vont travailler'.

Oui, il y a du changement: les papas ne se contentent plus du petit bisou à la fin de la journée. Mais malgré tout, les disparités sont très prégnantes et elles durent. D'un point de vue purement pratique, quand on est deux, cela rééquilibre le partage des tâches. Et il va y avoir un transfert de charge mentale. Une maman qui sort de l'hôpital avec ses enfants, qui rentre à la maison avec le nouveau-né, c'est extrêmement compliqué à gérer. Le fait que le papa soit disponible, ça va dans le sens d'une meilleure égalité homme-femme.

"Le monde de l'entreprise y trouvera son compte"

Oui, le coût serait assez énorme. Mais il y aurait aussi moins d'arrêts pour les femmes qui se retrouvent à reprendre le boulot sans que ce soit particulièrement le moment. A partir du moment où il y a cette période de congé paternité où les deux parents sont présents pour s'occuper de l'enfant, il faut voir tout ce que ça va apporter en bien-être. Et le bien-être a une influence directe sur la productivité au travail. Je suis intimement convaincu que derrière, le monde de l'entreprise y trouvera son compte.

La réponse ne peut pas venir de la sphère privée. Elle doit être politique. Derrière ça, il y a un changement de mentalité. Les enfants qui bénéficieront de ça, au niveau de l'éducation, ne reproduiront pas les stéréotypes. Il ne faut pas penser qu'au court-terme. Avoir un congé post-natal identique entre les deux parents, c'est ce vers quoi il faut aller."

Propos recueillis par Antoine Maes