RMC

"Je me suis fait passer pour un homme sur des sites pour retrouver ma fille": le combat de Jennifer pour sortir sa fille de la prostitution

Cette Toulousaine de 33 ans s'est battue pendant près de deux ans pour libérer sa fille de l'emprise d'un proxénète. Elle témoigne sur RMC.

Elle va rencontrer Adrien Taquet, le secrétaire d’État en charge de l’enfance et des familles ce mardi. Jennifer Pailhé, une Toulousaine de 33 ans, qui a réussi à sortir sa fille de la prostitution. Un combat qu’elle a mené pendant près de deux ans alors que sa fille était sous l’emprise d’un proxénète.

Elle raconte son combat sur RMC ce mardi. 

“J’avais beau pousser les portes des commissariats, on me répondait que si ma fille le faisait, c’est qu’elle était consentante, que sinon elle pourrait partir en courant. Le mot emprise, ils ne comprenaient pas ce que c’était. Il m’a fallu faire l’enquête, tracer ma fille, trouver des photos sur les sites d’escorts, trouver les Airbnb dans lesquels elle était. Ça a vraiment été un long combat de deux ans”, explique-t-elle.

>> A LIRE AUSSI - La prostitution en ligne désormais plus répandue que la prostitution classique

Elle décrit une prostitution qui se passe essentiellement sur Internet. “Très peu par Snapchat et Instagram, mais énormément sur des plateformes d’escorts comme Vivastreet, Sexmodels. Je me suis fait passer pour un homme sur ces sites pour retrouver ma fille. Il me fallait envoyer des messages à ma fille en me faisant passer pour un client. Je recevais des propositions de passes avec des détails dégoûtants, des tarifs, des pratiques”, détaille-t-elle.

"Ils sont sous emprise"

Elle raconte que le début de la prostitution de sa fille remonte à ses 14 ans lorsqu’elle rencontre un jeune homme qui devient son petit copain.

“Il lui a pris sa virginité. Et puis rapidement elle s’est mise en fugue pour le rejoindre. Il l'amenait sur le terrain en lui disant que comme ils étaient en fugue, il fallait subvenir au besoin, payer l’hôtel, acheter à manger. Donc elle n’avait pas l’impression de se prostituer, mais seulement de michtonner en vendant son corps”, assure-t-elle.

Selon elle, il est très dur pour les parents de se rendre compte de la situation. 

“En tant que parent, quand notre enfant est dans cette situation, on s’en rend compte même si a des moments, on préfère ne pas le voir parce que c’est douloureux d’accepter que son enfant se prostitue, c’est très dur. Après, il faut comprendre qu’ils sont sous emprise. On ne peut pas penser qu’à 14, 15, 16 ans, ils soient pleinement conscients de ce qu’il fait”, indique-t-elle.

Selon un rapport gouvernemental, la prostitution des mineurs touche environ 7000 à 10.000 adolescentes en France. Cette prostitution doit faire l’objet d’un plan national de lutte en octobre.

“Ils sont pleinement conscients de la situation sauf qu’ils manquent peut-être de moyens que ce soit au niveau des brigades de police, ou des lieux d’accueil. La prostitution d’aujourd’hui ce n’est pas du tout la prostitution qu’on connaît d’il y a quelques années. J’ai lu le rapport d’étude qui a été adressé à Adrien Taquet par le groupe des droits de l’enfant et de la protection des mineurs. Je pense qu’ils ont vraiment envie de faire changer les choses et qu’ils sont très impliqués. Mais est-ce qu’ils ont vraiment les moyens de mettre en œuvre tout ce qu'ils pensent, je ne sais pas”, indique-t-elle.

Guillaume Descours