RMC

Le prof interdit d'enseigner à cause d'un papier qui n'existait pas a pu faire sa rentrée

Guillermo a pu faire sa rentrée des classes. Ce jeune enseignant de 29 ans, de nationalité hondurienne, était interdit d'exercer à cause d'un papier qui lui manquait. Sauf que ce papier n'existe pas au Honduras.

En pleine pénurie de profs, Guillermo Siliezar (29 ans), au parcours scolaire exemplaire au Honduras et en France, où il est arrivé il y a 10 ans, a bien failli ne pas pouvoir exercer son métier. Alors qu'il avait été reçu au concours de professeurs dans l’enseignement privé et affecté dans un collège de Bergerac (Dordogne), l'administration refusait de lui fournir sa dérogation de nationalité, indispensable pour exercer.

Un papier qui n'existe pas

Le motif de ce refus peut paraître absurde: l’absence de son attestation de la Journée d’Appel de Préparation à la Défense (JAPD), qui remplace en France le service militaire. Une journée... qui n’existe pas au Honduras.

Guillermo avait alors tout tenté: contacter la préfecture, le rectorat, et même un avocat, sauf que les délais étaient très courts. En un week-end, nous avions réussi à débloquer la situation. Le jeune prof avait donc pu faire sa rentrée, lundi, au collège Sainte-Marthe de Bergerac.

"Je suis très content d'avoir pu retrouver mes élèves lundi matin, j'ai une dizaine de classes, j'ai vu ma dernière classe ce matin. Je suis très content d'être devant eux, de pouvoir les accompagner dans la construction du savoir de la sixième à la troisième."

>>> Retrouvez les enquêtes de RMC s'engage pour vous

Simplifier les démarches

Après ce parcours du combattant, il souhaite que les démarches soient simplifiées pour pouvoir exercer en France. Même s'il comprend qu'on demande "de manière générale le titre de séjour, le casier judiciaire en France et dans le pays d'origine" et qu'il estime même que "c'est fondamental", il estime que "demander un papier qui n'existe pas au Honduras, c'est fort improbable".

"Nous, on joue le jeu. On suit un parcours pour devenir enseignant, deux ans d'études, un concours difficile. J'espère qu'ils vont simplifier les choses pour les années à venir".

Selon le syndicat majoritaire dans l'enseignement privé, il y aurait une poignée de cas comme celui-ci chaque année. "Ce sont des professeurs qui ont souvent exercé en tant que suppléant dans un établissement, qui ont passé leur concours donc on considère qu'ils ont les compétences" explique Laurent Lamberdière de la FEP-CFDT.

"Si la personne est légalement sur le territoire français, il est normal que l'on puisse lui accorder la possibilité d'enseigner auprès des élèves, surtout en cette période où il est difficile de trouver des enseignants. Le ministre parle de l'égalité des chances mais où est l’égalité des chances quand on prive les élèves de professeurs?", s'interrogait-il la semaine dernière sur RMC.

Cette année, plus de 4.000 postes n’ont pas été pourvus au concours d’enseignants, dont près de 300 dans l’enseignement privé. Parmi les disciplines les plus déficitaires: la physique-chimie, la matière qu’enseigne Guillermo.

Elise Denjean avec Maxime Martinez