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Multiplication des visites de politiques à Calais: "Ce sont des guignols qui viennent faire leur propagande"

Vue de la Jungle de Calais

Vue de la Jungle de Calais - AFP

REPORTAGE - François Hollande se rend lundi à Calais, où le campement de la "Jungle" grossit dans un climat de tension croissante, sur fond de polémique quant au sort des milliers de migrants qui attendent leur évacuation. Mais, sur place, les habitants redoutent que leur ville ne devienne un ring au cœur de la campagne pour la présidentielle.

Alors qu'il n'est pas encore candidat déclaré, François Hollande entame un marathon cette semaine. En effet, le président effectue pas moins de 10 prises de parole, avec des déplacements quasiment tous les jours dont un passage à Calais ce lundi donc, une semaine à peine après la visite de Nicolas Sarkozy. Et le chef de l'Etat ne sera certainement pas le dernier à être tenté de faire campagne à Calais, sur le thème de l'immigration. La ville deviendra-t-elle un ring de campagne privilégié des candidats? Sur place, les habitants le redoutent.

"Ce sont des guignols qui viennent faire leur propagande, point barre, s'insurge Jean-Claude. Je n'ai envie de voir personne. Je veux simplement que celui qui sera élu prenne le taureau par les cornes, qu'il permette aux migrants de passer. On les retient alors même qu'ils ne veulent pas rester: c'est complètement débile ! Il faut aussi que le futur président redonne une force économique à la ville".

"Passer les élections, plus personne ne viendra"

Comme lui, beaucoup de Calaisiens ont le sentiment d'être instrumentalisés sans jamais être aidés. C'est pourquoi Houari l'affirme: il n’attend plus rien des hommes politiques. "Pour eux, c'est un effet de mode. On vient à Calais et puis voilà. Mais ça brasse du vent, ça parle pour rien dire. Ils ne proposent rien du tout. Que ce soit de droite, de gauche, du centre, d'extrême gauche, d’extrême droite, il n'y a pas d'acte derrière leur parole". Et d'estimer que "passer les élections, plus personne ne viendra".

Un défilé politique avant l’échéance présidentielle auquel s'était préparé les associations présentes sur place. "On pourrait faire la semaine de la politique à Calais comme il y a la semaine de la mode à Londres ou à Paris. Chacun viendrait faire son tour, avec ses beaux habits. Je me demande sincèrement à quoi ça sert. C'est du temps perdu, de la comédie. C'est ridicule", s'emporte Claudine Gilles, bénévole à l’association Salam

"Que les Britanniques se débrouillent"

"C'est une des facettes extraordinaires du cirque politique, surenchérit Georges, lui aussi bénévole à l'association Salam. Chacun vient dire 'Je veux que ça cesse' mais il n'y a pas de réelles positions en faveur d'une solution humanitaire à cette problématique". Pourtant, des solutions pour gérer ce flux migratoire, lui, il en a.

"Cela passe par des mesures concrètes: ouvertures de centres d'accueil, accès au travail, reconnaissance des diplômes qu'ils ont acquis dans leur pays, mise à l'école des jeunes mineurs… Simplement, l'accueil d'une population". Pour Claudine Gilles, "au lieu de faire des murs, de dépenser une vingtaine de millions d'euros dans ces grands grillages, il faut que la France et l'Europe obligent les Britanniques à reprendre leurs frontières et qu'ils se débrouillent avec les migrants. Car s'ils ont envie de passer, qu'on les laisse passer".

M.R avec Amélie Rosique