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Ocean Viking: le point sur la situation des 156 migrants qui étaient présents à bord

Le navire Ocean Viking a débarqué à Toulon vendredi dernier. Et sur les 156 migrants à bord, vingt-six mineurs isolés sur les 44 qui avaient été sauvés par l'Ocean Viking ont quitté les structures d'accueil mises à leur disposition par le Conseil départemental du Var.

Que deviennent les réfugiés de l'Ocean Viking? La plupart sont toujours dans une zone d’attente dans le Var, mais on a appris jeudi que la majorité des mineurs ont déjà fugué.

Lorsque le bateau de SOS Méditerranée est arrivé à Toulon vendredi dernier, la première chose qui a été faite a été de recenser les mineurs. Ceux qui étaient avec leurs parents sont restés avec les adultes, mais ceux qui voyageaient seuls ont aussitôt été pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance qui dépend du département du Var.

Ils étaient environ 44, dont 5 filles, tous âgés de 10 à 15 ans, selon leurs déclarations. Ils ont été conduits dans un hôtel de Toulon, les Trois Mûriers, un trois-étoiles modeste en centre-ville dont toutes les chambres ont été réquisitionnées. Dès le lendemain de leur arrivée, ils ont été examinés par des médecins, ils ont reçu des vêtements de rechange parce qu’ils voyageaient sans aucun bagage.

Ils n’étaient pas enfermés dans cet hôtel, mais on leur avait demandé de ne pas sortir. Mais dès le premier week-end, trois mineurs ont faussé compagnie aux animateurs qui les encadraient. Et jeudi, un autre groupe de 23 jeunes a aussi choisi de fuguer. Ils sont originaires d’Erythrée, qui est une des pires dictatures en Afrique. Ce que ces jeunes fuient ce n’est pas seulement la misère, c’est surtout le service militaire qui dure en moyenne 6 ans et demi, dans des conditions de vie proche de l’esclavage. L'Erythrée est souvent décrite comme une prison à ciel ouvert, un pays que des centaines de milliers d’habitants tentent de fuir tous les ans.

Une quarantaine d'expulsions

Ces jeunes font donc partie de ceux qui ont réussi. Ils ont parcouru 5000 kilomètres à travers le Soudan et la Libye. Ils ont embarqué sur un bateau de fortune pour traverser la Méditerranée. Ils ont passé 20 jours sur l'Ocean Viking. Et visiblement, leur objectif n'était pas de rester très longtemps dans un hôtel toulonnais ni même en France. Ils sont partis tous ensemble sans doute pour rejoindre l’Allemagne ou la Suède, ils avaient fait savoir qu’ils avaient là-bas des proches et un travail qui les attend.

Il ne reste donc que 18 mineurs de l'Ocean Viking. Des Égyptiens et des Syriens principalement. Ils vont bientôt être déplacés vers d’autres départements français. Parce que le Var accueille déjà 2300 mineurs étrangers. Les services de l’aide à l’enfance sont saturés.

Les adultes de l'Océan Viking ont été conduits le week-end dernier dans un centre de vacances de la presqu’il de Giens qui a le statut de zone internationale fermée. Ce qui veut dire qu’ils ne sont officiellement pas en France, mais surtout que contrairement aux mineurs, ils sont enfermés. Ils ont reçu des soins et des vêtements, mais ils ont aussi tous été interrogés par la DGSI, la sécurité intérieure. Puis ils ont pu demander de l'asile. Une soixantaine de demandes ont déjà été acceptées pour des ressortissants de l’Erythrée, du Soudan et de Syrie.

Une quarantaine de dossiers ont été rejetés et le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin affirme que ces migrants devraient être rapidement reconduits dans leur pays même si l’on sait que les pays d’origine au Maghreb ou en Afrique sont souvent très peu coopératifs pour reprendre leurs ressortissants.

Les autres demandeurs d’asile vont être relocalisés en Europe. Il y a effectivement un mécanisme de solidarité européenne qui doit se mettre en place. Onze pays européens se sont engagés à accueillir 156 des passagers de l'Océan Viking. Ils étaient 234 au départ. Si 156 partent effectivement ailleurs en Europe, si 44 sont effectivement expulsés et reconduits à la frontières, si on retire les 23 mineurs qui ont choisi de quitter la France en fuguant et bien, il ne reste pas grand monde, une dizaine seulement.

Nicolas Poincaré